vendredi 25 juillet 2008

Klaxons - Article de couv du Trax de janvier 2007

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Texte : Violaine Schütz

Klaxons
New rave ?

Vingt ans après l’apparition des premières raves en Angleterre, un groupe de jeunes Londoniens opte pour un nom qui claque, Klaxons, et un concubinage insolent : le mix de l’esprit « free party » et de celui du punk. En un an, la hype s’emballe…Alors, Klaxons, fer de lance d’un véritable courant nu-rave ou meilleur pop band anglais depuis les Libertines ? Peut être un peu des deux…

« Excusez moi Madame, vous n’auriez pas vu mon cochon dinde ? Où est la discothèque ? » Voici les premières phrases, en français s’il vous plait, prononcées par un Klaxons. En effet, devant l’hôtel parisien branché de notre interview, c’est ainsi que Jamie Reynolds (26 ans, basse/voix), 2 mètres de haut et un costume de renne sur la tête, nous interpelle. L’entretien qui suivra ne sera pas moins dingue. L’attachée de presse, qui depuis plusieurs heures doit dealer avec leurs attitudes puériles de lendemain de teuf aux Transmusicales de Rennes, somme les garçons de monter dans leurs chambres poser leurs valises. Jamie qui rechigne à aller se raser, revient finalement dans le hall de l’hôtel, entièrement recouvert du costume de renne, dont dépassent seulement deux chaussettes dépareillées. On se rend alors tous à la Taverne de Maître Kanter place de la République. La mine déconfite des serveurs qui voient débarquer à 16h00, un renne géant et trois freluquets ultra lookés et mal réveillés, met tout de suite dans l’ambiance. Après ça, Simon Taylor (24 ans, guitare/voix) disparaît vingt minutes dans la nature alors qu’il devait simplement s’acheter des clopes, James Righton (24 ans, synthés/voix), le petit brun beau gosse, ne se sent pas bien et se retire pour aller vomir dans sa chambre. Quant à l’inénarrable Jamie, assis juste à côté de nous, il nous demande de lui commander du canard et, en douce, un « gin tonic ». L’attachée de presse intercepte ses manœuvres à voix basse, et lui indique qu’il a assez bu hier. « Mais comment il peut être encore bourré à cette heure ci ? » On imagine bien qu’il n’est pas que bourré, et que les drogues de la veille fonctionne encore à plein régime. Pendant ce temps, la nouvelle recrue, le jeune batteur blond de 21 ans, Steffan, coiffé comme le chanteur de Kajagoogoo, regarde tout ça comme un spectacle de magie, entre émerveillement et incrédulité. Bienvenue dans un univers dégénéré, halluciné, rigolo et spontané, bienvenue chez les Klaxons !

Madchester again ?
Une semaine plutôt, on les voyait dans d’autres conditions. Après un concert parisien qui nous avait moyennement convaincus (la faute à un public mou du genou), on se rendait à Manchester pour ce qu’on croyait être un simple concert. En fait, après moult péripéties qui auraient pu nous couter la vie (on exagère à peine), on a droit à une rave, perdue au nord de Manchester, et s’étalant sur deux immenses hangars. Le projet s’intitule « The Warehouse Project » : y sont attendus Mylo et Erol Alkan, entre autres. Klaxons débarquent à une 1h30 du mat, frais comme des gardons. Dès le premier riff de leur désormais reprise culte du tube rave de 1992, « The Bouncer » de Kicks Like a mule, la foule délire. Paroles reprises en cœur, bâtonnets phosphorescents brandis dans les airs, des kids, très jeunes, déchainés avec de gigantesques lunettes sur les yeux : un fabuleux spectacle d’euphorie collective en technicolor ! Un groupe de trois ados habillés comme un Klaxons (cardigan, sweat fluo et tennis dorées) et particulièrement excités (ils viennent d’avaler des petits cachets), attire notre attention parmi la foule « ecstaziée ». On leur demande les raisons (non psychotropes) de leur engouement. « Ils sont comme nous, répondent-ils presque en cœur. Ils sont colorés, aiment la fête, ne se prennent pas la tête, mais en même temps on sent une vraie mélancolie. Bref, ils ont tout compris. » Plus loin, deux « papis » de 40 ans, arborant fièrement des tee-shirts de Primal Scream (Screamadelica) fatigués et des sifflets neufs nous expliquent : « On a l’impression de revivre notre jeunesse. Normalement, quand on vit un revival d’un truc qu’on a déjà expérimenté, c’est qu’on se fait vieux, mais là, Klaxons nous redonnent nos 15 ans. Le pied ! ».

Fluokids
Ces propos font écho à l’analyse de Jim Jonze, journaliste freelance né en 1980 bossant pour ID et The Guardian, et considéré outre manche comme le nouveau Lester Bangs. Il est l’auteur de la couverture du NME consacrée au groupe en octobre dernier, qui montre le trio croquant des gros smileys et clamant « This country needs us ». Tim nous confie par mail que « Klaxons sont en train de devenir énormes au Royaume-Uni. Ils ont une immense fanbase de kids totalement dingues qui débarquent depuis le tout début aux concerts avec des klaxons, des glowsticks et des sapes phosphorescentes. Je pense que la musique rave est réellement de retour, et de manière massive. C’est une réaction à tous ces corbeaux post-punk très sérieux qu’on a entendus récemment comme les Editors, Bloc Party. Les jeunes ont besoin d’un peu plus d’excitation dans leurs vies. Ils veulent faire la bringue et non s’asseoir toute la journée pour parler de leur avenir compromis. Les raves ont une identité forte centrée autour de l’hédonisme – comment ne pas vouloir une part de ça? »

Malentendu
Pourtant, le groupe se défend de toute appartenance à un courant néo rave dont se gausse le NME. « Je ne veux plus entendre parler de nu-rave, ça me dégoute. C’est vrai qu’il y a des éléments rave dans notre musique, mais la limiter à ça est faux. Se limiter à un genre, quel qu’il soit, est de toute façon profondément ennuyeux, voire dangereux,” explique James. Jamie, très sérieux dans son costume de renne et ses lunettes de soleil, renchérit à la table kitsch de la Taverne de Maître Kanter : « C’était une blague. Un journaliste nous a demandé si nous n’étions pas la “new wave” de la “new wave” du retour du rock, et j’ai répondu, pour plaisanter, et parce qu’on voyait de plus de « glowsticks » aux concerts : et si tu remplaçais le W par un R ? La presse est tellement en mal de sensation qu’elle s’est emparée de l’expression pour gloser dessus ensuite des pages et des pages. Nous voulions faire de la pop quand on a débuté, de la pop subversive, neuve, fraiche, dance, pas de la rave ».
Alors no new rave ? Certes les morceaux de Klaxons ont été enregistrés avec des instruments live, sans samples. Mais ils ont tous été remixés et en live, les Klaxons les enchainent sans blanc, en plus d’être adeptes du cut-up et des bras en l’air. Certes l’album est rock. Mais il est produit par James Ford du duo Simian Mobile Disco. James Ford, c’est le plus grand producteur anglais actuel : Test Icicles, les Mystery Jets et Arctic Monkeys sont passés entre ses mains qui ont officié auparavant auprès de Björk et frappé la grosse caisse des pionniers techno 808 State.

MDMA pop
Il y a bien quelque chose chez Klaxons de terriblement festif. Un autre concept que celui de nu-rave a d’ailleurs muri pendant notre escale à Manchester. Là ou les Arctic Monkeys faisaient du rock social, parlant de la vie de tous les jours, et les Libertines du punk sous crack, les Klaxons, eux, ont inventé la « pop MDMA ». Rock’n’roll dans sa forme, ses refrains et ses chœurs, mais qui se danse, et donne envie de prendre son voisin par le bras. Là où le rock des Libertines demandait à l’Anglais moyen de se trouver une petit-amie aux faux airs de Kate Moss (pas gagné vu le niveau physique de la Londonienne de base) et de porter des copies d’Hedi Slimane de chez Topshop (le H&M anglais, déjà très cher), pour au final se délecter seul, dans un plaisir égoïste (les effets du crack), la musique des Klaxons, elle, est complément hédoniste. Elle pousse à se lever de son siège et à aller vers l’autre, mais aussi à s’évader. Les paroles de Myths of the Near Future ont été inspirées par le livre du même nom de JG Ballard : « C’est une collection de dix nouvelles qui sont autant de visions du futur. Il y a une histoire sur un homme convaincu que la femme qu’il aime, un mannequin en plastique, est réelle. Nous sommes très friands de ce genre de choses. Nos paroles sont tout sauf réalistes. Le réalisme c’est l’ennui total. La pop doit encore être un moyen de s’évader, de s’imaginer qu’ailleurs il y a un monde meilleur et encore plus barré. » D’où des textes surréalistes (qui mettent en scène un magicien amoureux, des créatures mi hommes-mi chevaux et l’histoire de la trajectoire de l’éjaculation), sur des rythmes débraillés qui ne sont pas sans rappeler l’acid rock des Happy Mondays, même si musicalement, Klaxons ne sonnent comme personne. D’ailleurs Simon nous confie avoir reçu des Mondays en personnes un message sur myspace où ils se disaient fans des jeunots. La relève semble assurée.

Génération myspace
Sauf que contrairement aux Mondays, Klaxons, formé il y a à peine un an, n’a pas attendu de disque pour être énorme. Ils sont le symbole parfait d’une musique « immatérielle » (et téléchargée) connue par cœur par les fans avant que l’album sorte. « La plateforme Myspace a été essentielle dans notre développement. Dès qu’on enregistrait une démo, on la mettait en ligne. C’est un moyen de montrer qui tu es sans détour. C’est un point de contact organique avec les fans. On ne fait pas de pub, on ne demande pas aux gens de devenir nos amis. Mais les gens peuvent nous contacter directement, et on n’a filé le mot de passe à personne. A aucune maison de disque ». C’est que l’importance prise par internet dans leur succès météorique et « DIY » s’accompagne aussi d’une certaine défiance à l’égard des labels. Klaxons se sont fait sans les majors, tous seuls. Les offres (dont certaines mirobolantes, comme celle de Polydor qui se chiffrerait à 500 000 livres) sont venues plus tard. D’après Simon Taylor, « tous les labels anglais nous ont proposé un deal. On a nous a promis monts et merveilles. Mais les gens de maisons de disques sont des cons. La plupart sont des « hologrammes » : ils parlent beaucoup et ne font rien après. Ce sont tous des idiots plein d’illusions. Polydor, eux, étaient sensibles. Ils nous ont compris. »

La musique du futur
Qu’a compris Polydor exactement ? Que Klaxons avec leur Myths Of The Near Future était en train d’inventer la musique du moment, et celle de demain. Simon avoue d’ailleurs une passion pour la science-fiction : « Nous sommes obsédés par le futur, par ce qui va se passer, par les possibilités. C’est une forme d’optimisme. Nous prévoyons une trilogie : le premier album représente le futur, le deuxième le passé et le troisième le présent. » Ce n’est pas pour rien que l’album s’appelle « mythes du futur proche ». Il est l’ébauche, voire le manifeste d’une tendance qui prend de plus en plus d’ampleur : une pop rave qui envoie définitivement valser la « vieille » dichotomie entre « rock » et « techno ». A l’image de New Order et son « Blue Monday », les « Magick », « Gravity’s Rainbow » et « Atlantis To Interzone » de Klaxons sont de formidables pourfendeurs d’idées reçues. Les Anglais par qui le scandale se confirme : il n’y aurait absolument plus aucune raison de se réclamer d’une école. Les moyens (la pop d’aujourd’hui est produite par les machines de Timbaland) et les fins (faire suer le dancefloor ou la salle de concert) sont devenues les mêmes ! Klaxons se font remixés dance, bougent comme des Dj’s, s’habillent comme des clubbers. Car même l’habit ne font plus les moines : le jean slim et le sweat à capuche sont aujourd’hui devenus la tenue universelle du jeune teuffer comme du rockeur. Detect (membre actif du Klub des Loosers) fait partie de ces jeunes amateurs de crossovers. C’est un des premiers grands fans français des Klaxons. « J'ai immédiatement accroché quand j’ai acheté leur premier 45t (« Atlantis To interzone ») au printemps dernier. Au début je les aimais parce que c'était assez frais musicalement, que je m'identifiais à leur univers visuel, qu’ils étaient potes avec Test icicles, The Horrors, Metronomy, à savoir les meilleurs groupes anglais actuels. Et en me penchant un peu plus sur eux, j’ai découvert qu’on retrouve tout dans leurs morceaux. Du rock, de la pop, des mélodies super belles et un délire chant/choeur très original qui se marie parfaitement avec les claviers, sans compter le traitement de la batterie et des synthés de teinte électro, et un côté crade/old school très particulier. » Gildas, l’un des tenanciers de la Maison Kitsuné qui a sorti les deux premiers maxis de Klaxons, voit aussi en eux la musique du moment : « Le punk et la rave font partie de la culture populaire anglaise. En France notre culture populaire donne d'autre mélanges comme le Raï’n’b ou la chanson réaliste comique. Punk et rave c'est vrai que cela sonne risqué mais Klaxons arrive très bien à ce qu’avait déjà tenté le « happy hardcore » d'une certaine manière. » Ce que les journalistes (nous y compris) ont eu vite fait d'appeler « new rave » ne serait donc que l’autre nom de ce son « disco-rock » qui du « We are your friends » de Justice vs Simian au « Standing In The Way Of Control » de The Gossip remixé par Soulwax s’impose comme la vraie nouvelle donne des dancefloors. Les corbeaux post-punk peuvent donc aller se rhabiller (en fluo), les défenseurs de chapelles tomber la soutane de l’extrémisme musical : l’avenir de la techno passera par le rock, et celui du rock par la techno. Quand à la musique du futur, elle débute ici et maintenant, par un bon coup de Klaxons appelant à la communion.

Myths Of The Near Future
(Polydor/Because)
www.klaxons.net
www.myspace.com/klaxons

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