vendredi 25 juillet 2008

New Order - Rappel à l'ordre - Article publié dans Trax – numéro d’Avril 2005

Texte : Violaine Schütz

New Order
Rappel à l’ordre

Alors que Tony Wilson tente de faire renaître le label Factory pour la quatrième fois (l’espoir fait vivre), que de plus en plus de groupe les citent comme influence (Les Chemical, Franz Ferdinand, Killers), New Order viennent rappeler avec Waiting for the Sirens’ Call, qu’ils sont bien les rois (depuis 28 ans), de la fusion disco-rock. Rencontre avec les inventeurs de la techno.

Derrière un physique de hools alcoolos, se cache un mythe. New Order, un nom qui n’a absolument rien d’un hasard, puisque ces fab four mancuniens ont réellement changé l’ordre des choses. Tous ceux qui ont échangé leurs guitares contre des platines, doivent quelque chose à ce groupe, qui a failli ne jamais voir le jour.
En 1980, Ian Curtis, chanteur de Joy Division et symbole de toute une génération de corbeaux à venir, se pend. Au lieu de se lamenter sur leurs sorts, les survivants de la division de la joie : Bernard Summer, Peter Hook, Stephen Morris et la nouvelle recrue Gillian Gilbert, font leur deuil en musique. New Order est né. Les premières chansons de NO (Movement, 1981) sont dans la lignée sombre de Joy.
Pour sortir des ténèbres, NO expérimente. Barney raconte : « A l’époque, on était tellement déprimés qu¹on faisait n’importe quoi. On avait du matos qui ne valait rien, et on essayait des trucs nouveaux avec le peu de matériel que nous avions fabriqué ». C’est d’heureux hasards qu’est né le son de New Order qui deviendra leur marque de fabrique. Basse idiosyncrasique, guitares catchy, voix paresseuse, et claviers si novateurs, qu’ils seront ensuite copiés jusqu’à la moelle. Un son qui culminera sur Power Corruption And Lies, et le fameux single « Blue Monday » (1983), monument de la fusion entre cold-wave et disco, à la fois morose (l'ombre de Ian plane) et dansant (NO est né, la house avec). Plus de 20 ans après, Barney ne se lasse pas de raconter «Blue Monday». « L'intro a été trouvée par hasard à partir d¹un faux contact de la boîte à rythme qu¹on a trouvé marrant et qu¹on a gardé... » Cette « erreur » qui est le maxi le plus vendu au monde (3 millions d'exemplaires) deviendra le son de l’Angleterre prolétaire et défoncée, qui ira danser sur New Order en club...pour survivre. Parmi ces clubs, la mythique Hacienda (fondée par NO et Tony Wilson, le patron du label Factory), à Manchester, rebaptisée Madchester, à cause de la folie des dancefloors, de l'ecsta et du foot.
L'aspect électronique de NO sera de plus en plus présent, avec des maxis comme « Confusion » (peut être le meilleur morceau électro anglais réalisé avec Arthur Baker). NO furent aussi les premiers à utiliser l’art du remix, dressant ainsi un pont décisif entre Manchester et Detroit. Le sommet de cette union reste Technique (1989), album techno pop, mélancolique et festif en même temps, que tout lecteur de Trax digne de ce nom devrait posséder dans sa discothèque. Après une telle réussite, difficile de faire mieux. Les ennuis commencent pour NO, avec l’Hacienda (des soucis de drogue) et leur label Factory, qui ne leur versera jamais l’argent qu’ils ont gagné « Tony Wilson n’était pas un connard, juste un mauvais gestionnaire. On n’a jamais su combien d¹argent on devait avoir dans l’affaire ».
Après avoir traversé les modes, alliant toujours l’euphorie à la mélancolie (le sublime Low-Life, 1985), NO fait aujourd’hui office de symbole. « Nous sommes des survivants » plaisante Stephen Morris. Des survivants, et des héros pour ceux qui ont toujours refusé de choisir leur camp, entre indie et dance.

Waiting for the Sirens’ Call (Warner)