lundi 28 juillet 2008

Peaches - Article publié en juin 2006 dans Trax

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Peaches

Beats, cul et politique

Merrill Nisker, punkette burnée (et moyennement épilée) plus connue sous le nom de Peaches, s’est imposée sur la scène électro à coup de beats et de bites. Paroles hardcore, tenue de scène se réduisant au slip, discours riot girl, tout a contribué à attirer l’attention sur son minois (enfin, un peu plus bas même) plus que sur sa musique. A l’occasion de la sortie de son troisième album, c’est pourtant une artiste plus engagée qu’enragée qu’on a rencontré.

«Quand la légende est plus belle que la réalité, imprimez la légende !» disait une réplique tirée d’un film de John Ford. C’est en suivant ce précepte que la presse a fait de Merrill Nisker, intellectuelle (et ancienne prof) canadienne exilée à Berlin, une bitch féministe prête à tout. Le mythe s’est vite enorgueilli d’un CV miraculé comprenant un acoquinage précoce avec Gonzales, un duo avec Iggy Pop, et des remixes à gogo pour Daft Punk, Roxy Music, Yoko Ono. Mais tous les faits d’armes de Peaches n’aboutissaient qu’un peu plus à la cantonner dans son rôle de harpie hystérique. Il y a sans doute du vrai dans cette légende. Mais Peaches (dont le nom vient d’une chanson de Nina Simone et non d’une plaisanterie juteuse) ne se réduit pas au bordel porno punk médiatisé.

La chienne baisse sa garde

D’abord, Merrill, en vrai, n’est pas du tout celle qu’on s’imagine. Toute petite, presque timide, elle est plutôt mignonne, et a beaucoup à dire, même quand elle ne parle pas de cul. Pas le genre à se désaper pendant l’interview ou à mettre ses talons aiguille sur la table. Elle s’enthousiasme sur le disque de Syd Barrett qui passe dans le bistrot, et se tient bien, si ce n’est quelques incartades qui rappellent de quel bois la Canadienne peut se chauffer quand elle revêt les atours sexys de Peaches. « Tu sais ce que c’est « bush », hein ? C’est ça », dit-elle, en mettant sa main sur ses parties génitales. Un geste qui fait écho au propos de ces deux précédents disques, Teaches Of Peaches (2001), et Fathertucker (2003). La pécheresse y prêchait le sexe libre sur des beats électro-punk minimaux.

Mais Peaches n’est pas seulement la provocatrice qui pose barbe et poils pubiens à l’air, ou se lance seule sur la scène de Bercy, sous les injures des fans de Björk dont elle assure la première partie, en playback et avec pour uniques compagnons d’infortune, son Roland MC-505 et un godemiché. « Les choses ont un peu changé. J’ai ouvert mon esprit. Je peux inviter des gens, tout en sachant ce que je veux et sans perdre le contrôle. Pour ce nouvel album, je voulais m’entourer. J’ai écrit et produit seule mes deux premiers albums, j’utilisais mes machines de manière très DIY. Je voulais progresser et apprendre des choses techniques,. J’avais envie de vrais instruments, de quelque chose de plus propre, plus pro. C’est pourquoi, j’ai fait appel au producteur Mickey Petralia (Beck, ndr)».

Autre changement sur ce troisième album, Impeach My Bush, Peaches a délaissé Berlin pour un cadre beaucoup plus glam : Los Angeles. « J’avais une maison, une piscine et un studio, et pas de voiture, donc c’était comme vivre sur mon île. Je faisais quelques brasses avant d’aller bosser et j’organisais un tas de fêtes. Josh Homme (Queens Of The Stone Age) venait faire des barbecues. Je lui ai proposé spontanément de bosser sur mon album pendant qu’il retournait la viande. Feist, mon ancienne coloc au Canada, est venue aussi se baigner dans la piscine car elle tournait aux states à ce moment là, du coup, elle a posé quelques voix elle aussi ! Et Joan Jett, dont j’avais utilisé un sampler sur le deuxième album, venait aussi admirer mon bikini couleur or et on a fini par faire un duo.»

Peaches n’est donc plus seule dans son délire. Sur scène, elle se produit désormais avec un groupe incluant Jd Samson (la fille moustachue de Le Tigre) et Samantha Maloney (Hole). En Juin, elle a parcouru les Etats-Unis, un terrain de jeu où le titre de son album risque de lui valoir quelques inimitiés. « L’expression « Impeach my Bush » préconise autant de s’en prendre à ma chatte, que de virer le Président de la maison blanche. C’est à double sens, comme presque tous mes textes. Je joue avec les significations comme je joue avec les genres. Beaucoup de personnes pensent encore de nos jours qu’il faut se cantonner au hip hop, au rock ou à l’électro. Depuis que Run DMC et Aerosmith ont écrit une chanson ensemble, rien ne devrait poser problème, tout devrait être possible, non ? (rires) ».

Pour Peaches, tout est permis, en effet. A commencer par s’attaquer à l’une des grandes puissances de ce monde. Mais il faut dire que la belle a ses raisons. Sa sœur, atteinte de la sclérose en plaques se déplace en fauteuil roulant. Sur son site web, Peaches enjoint ses fans à rejoindre le programme “Walk A Mile In My Shoes”, mis en place avec son beau frère. « Il s’agit d’envoyer à Bush une vieille paire de chaussures ainsi qu’une lettre expliquant l’importance de la recherche sur les cellules souches embryonnaires. On peut faire de nombreuses études sur un fœtus. Mais Bush, en s’opposant à l’avortement et au clonage thérapeutique empêche la science de progresser et des gens de guérir. Il faut remédier à ça ! »

Deux garçons pour chaque fille (On n’a rien contre)

Mais rassurez-vous, la légende est bien vivante : Peaches n’a pas délaissé totalement le sexe et la gaudriole pour la politique. « C’est super fashion d’être contre Bush, mais mon propos est différent. Il représente pour moi un symbole de puissance. Et une grande partie de ma musique questionne justement les figures d’autorité. Sur Fatherfucker, je militais pour une inversion des rôles en demandant aux mecs de bouger leurs bites, comme les types disent aux filles de remuer leurs seins. Sur Impeach My Bush, c’est la même chose : la chanson « Two Guys (for every Girl) parle de réversibilité des sexes et de jeux de pouvoir. Dans les 60’s, Jan & Dean (un groupe de surf music proche des Beach Boys) chantaient « Two girls for every boy ». Et ils le faisaient passer comme une lettre à la poste car c’était pris sur le mode « fête de plage » et rêve américain : tout le monde trouvait ça trop cool. Mais moi, quand je chante « Two Guys», on me dit « ou la la, c’est de la provoc ça ! Tu cherche la controverse !». Pourquoi quarante ans après, ça pose problème de prôner deux garçons pour une fille, et pas deux filles pour un garçon ? Hein, pourquoi ? » Peut-être parce que ce monde manque de punkettes engagées à la Peaches, pour soulever les points (G) vraiment importants.

Impeach My Bush

(XL/Beggars)

www.peachesrocks.com

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