dimanche 15 mars 2009

Une nuit avec Daniel Darc


Paru dans le TSUGI n°7 / www.tsugi.fr

Une nuit avec Daniel Darc
Texte : Violaine Schütz
Héros de toute une génération de jeunes gens modernes, l’ancien chanteur de Taxi Girl revient de tout (il a survécu à cinq grammes d’héro par jour tout de même) avec un album aussi poignant que raffiné. L’occasion de répondre à cette question : C’est comment une nuit avec celui qui a dit « Quand je mourrai, j’irai au paradis, car c’est en enfer que j’ai passé ma vie» ? D’enfer bien sûr, même si la bête finit par révéler sa part d’ange…

18h Attends, je finis mon verre. En temps normal, ou plutôt en temps anormal, c'est-à-dire quand je ne suis ni en tournée, ni en studio, à cette heure-là, j’ai envie d’écouter France Inter ou France Culture. Ou alors, je regarde un des 31 films d’Elvis Presley. Enfin, 33 si on ne compte pas que les fictions.

19h30 J’essaie d’écrire, et comme je n’y arrive pas, je me dis : autant aller au bar. Je vais au café en face de chez moi et je joins l’utile à l’agréable : je bois en écrivant. Je vous dirai pas le nom du bar, mais seulement qu’il y a deux serveurs, un fan des Stones et l’autre de Dylan, qui se disputent pour passer l’un ou l’autre. Du coup, j’aime beaucoup cet endroit. Souvent, je me retrouve entre deux couples qui échangent des discussions un peu connes de couples. J’ai mon dictaphone avec moi, et souvent j’enregistre ce qu’ils disent pour m’en inspirer. Parfois, ça dégénère, quand je me fais repérer. Il est arrivé de me foutre sur la gueule avec un black qui avait vu mon enregistreur et qui s’est mis à hurler : « C’est quoi, ça, de la sorcellerie ? »

22h Je vais au Fanfaron, rue de la Main d'Or, écouter des groupes dans une ambiance de boîte de nuit.

1h J’essaie de dormir, mais je suis insomniaque, je dors grand maximum quatre heures par nuit. Depuis mon delirium tremens (problème neurologique causé par une grosse quantité d'alcool ingérée à long terme qui se traduit par de la fièvre, des convulsions et des hallucinations visuelles mettant souvent en scène des animaux, ndr), j’ai assez peur au moment d’aller me coucher, alors je laisse la lumière de la cuisine allumée. Le delirium tremens, c’est terrible, ça te poursuit toute ta vie. Tu ne veux pas que je te raconte des trucs plus cochons, non ? (rires) Je sens que t’aimes les trucs cochons.

2h Je ne dors toujours pas, alors je lis ma lecture de chevet, la bible traduite par Castellion. Il faut lire la bible, dans cette édition très très belle. C’est un monument de la littérature dont tous les grands écrivains reconnaissent la beauté du texte. On ne l’a trouvait plus, mais ils l’ont réédité. Sinon, tu peux aller à l’église, et si tu dis que tu es croyant, ils te donneront une bible ; Si je suis croyant ? Bien sûr, je suis protestant d’origine juive. Je doute, c’est pour ça que je crois. Paix à ton âme, en enfer et ne désespère pas.

5h Je m’endors quand le soleil se lève. Si je vais bien, je me lave les dents. Sinon, un carnet, ma machine à écrire, et mon enregistreur à côté de moi, j’éteins la lumière, je ferme les yeux, je fais une prière.

Amours Suprêmes (Mercury/Universal)
www.myspace.com/danieldarc