dimanche 19 juillet 2009

Edges compilation - Bio écrite pour Because en 2009

Edges

La bande-son d'une nouvelle génération électronique française


1997, Daft Punk sort son premier album, Homework, et révolutionne l'électronique mondiale. Un ordre nouveau s'établit par ce disque fondateur. Avant l'arrivée de la techno tonitruante de ce duo français, aucun artiste français pays n'avait eu de succès critique à l'Etranger. Avec Cassius, Air, Mr Oizo, une nouvelle génération électronique aux idées larges (ne renonçant jamais à une pointe de funk, de pop ou de disco), les hymnes dancefloor des petits frenchy s'arrachent autour du monde en alliant puissance dancefloor et exigence de qualité. Avec la French Touch, c'est toute une famille d'enfants du rock et d'ailleurs qui découvrent les joies d'une musique qui se danse, sans barrières ni oeillères.


Dix ans après, c'est deux Parisiens qui refont le coup de la dance pour tous. 2007, Justice sort Cross, disque crossover et fédérateur qui réunit sur la piste de danse clubbeurs fans d'électro et jeunes rockers en jean slim. Une musique hybride symbolisant une génération, appelée à juste titre la french touch 2.0, et gravitant autour du label Ed Banger.

Mais ils ne sont pas seuls. Depuis deux ans, d'autres jeunes producteurs amateurs de brouillages de pistes sonores préparent dans l'ombre d'autres révolutions électroniques. Qui sont-ils, et à quoi ressemble la musique d'aujourd'hui ? C'est ce que le projet Dum-Edges, tente de révéler, à travers une compilation mais aussi une tournée où se retrouveront trois des artistes les plus prometteurs de cette scène. Parmi ces grands espoirs 2009, il y aura le barbu christique Breakbot, à qui l'on doit d'excellents remixes pour Metronomy et Sébastien Tellier, le duo parisien club Gentlemen Drivers qui n'a pas son pareil pour mettre le feu sur le dancefloor et le lyonnais Nil Hartman, dont l'électro atypique n'hésite pas à flirter avec l'expérimental.


Ce trio représente à merveille l'effervescence musicale d'une scène musicale ultra inventive du moment. A l'ère des blogs et de l'accès facile à l'histoire entière de la musique, ils font partie de ces producteurs français de musique électronique qui explorent encore des voies demeurées inédites et des ponts entre les genres jamais dressés. En 16 titres, tous inédits (ou rares), Dum-Edges offre un panorama, plus qualitatif et défricheur qu'exhaustif de cette scène éclectique, décomplexée et extrêmement active. Que ce soit l'électro-pop 80's et romantique du Nantais Anoraak, la house vrillée, mentale et destructurée du duo parisien Discodeine, ou l'univers cosmique et rétro-futuriste de Chateau Marmont, tous ont retenu les leçons de la première french touch : l’ouverture musicale, l'hédonisme et la volonté de ne pas répéter des recettes déjà existantes. Voilà au final l'instantané d'une « famille » de producteurs qui a décidé de ne pas choisir entre ambiance dark et hymnes fluo, puissance dancefloor et écoute maison, références underground et mainstream. Bref, voici la bande-son d'une époque, la nôtre...


Sortie cd & Digitale le 1er juin 2009

Tournée"DUM-AGES" dans 4 villes françaises

Le 4.06 à Paris

le 5.06 à Marseille

le 12.06 à Lille

le 13.06 à Lyon








Dum-Edges

track by track


Breakbot – Penelope Pitstop

Attention, sous ses airs de Jésus, ce type est un messie. Pas loin d’être le meilleur remixeur au monde du moment (Metronomy, Pnau, Sebastien Tellier), Breakbot sera l'un des grands de l'électro de 2009. On pense à la première french touch, Justice et Vladimir Cosma, sur ce track. C'est bon signe...


Donovan - Wonderland

On ne sait pas où se trouve exactement ce « wonderland », mais il fait bon s'y attarder un peu. Le duo Donovan fait des chansons pour les jeunes filles en fleur, de la dance pour garçons sensibles, un peu comme si les Daft Punk embauchaient Chromeo et un Kanye West particulièrement bien luné pour faire une petite balade au pays de la disco pop ensoleillée. Gros potentiel « roulage de pelles » sur la piste de danse.


Dilemn - Modern Slave

La jeunesse parle à la jeunesse. Messe noire et chaos ténébreux, dont le style haché rappelle un certain Oizo, ce « modern slave » de Dilemn ne laisse pas le choix à l'auditeur : devenir esclave de beat syncopé ultra groovy et vraiment très méchant.


Mondkopf - Chaos Is Mine

Un titre pour croire en Dieu, avec des chants célestes un peu gothiques et des ryhtmes sombres et détraqués qui avancent lentement vers la lumière. Le chaos n'est qu'une illusion...le salut t'attend en after sur le dancefloor moite!


Discodeine_Invert_Parceque

Ok pour le disco, mais danse sa version obscure alors, plus codéine que MDMA quoi. Et dans le genre « dark disco », ce track est une vraie drogue, ça s'insinue par tous les pores pour se loger dans le cerveau avant de redescendre dans les jambes, qui deviennent indépendantes du reste du corps. Pas étonnant, c'est les deux sorciers Benjamin Morando (ancien Octet) et Pilooski (le roi de l'edit) les fournisseurs.


Rove Dogs - Home rage slomo (innocence lost)

Rove Dogs est grand et beau, mais heureusement il n'y a pas que le physique dans la vie. Ce morceau prend l'auditeur par l'épaule et l'amène loin. Et pas besoin d'aimer la minimale pour se laisser avoir par cette ritournelle faussement « downtempo » et vraiment pop dans l'âme.


Digitick 84 - Bboy underground

Vous vous souvenez de la première fois que vous avez entendu le « Blue Monday » de New Order? Il y a quelque chose de l'ordre de la même évidence dans les synthés, vocaux et gimmicks (en plus ghettotech) de ce « Bboy Underground » qui devrait pas le rester longtemps, underground.


Djedjotronic - James

L'époque est brutale, et le clubber n'aime pas s'ennuyer. C'est le moment de la compil où on monte le son, et on mouille la chemise. Le gars est signé chez Boys Noize Records, et il n'a rien à envier à l'efficacité dancefloor indiscutable de son boss. Ah oui, Busy P l'aime beaucoup. Et Busy a souvent raison.


Chateau Marmont - Solar Apex

Moroder? Kraftwerk ? Tellier? « Solar Apex » c'est pas la vie de château, mais plutôt « life on Mars ». Un aller-simple vers une autre galaxie, pas très loin du soleil, dans un autre espace temps, dont on ne revient pas tout à fait indemne.


Anoraak - Make it Better

A Nantes, une poignée d'aventuriers réinventent la pop romantique des années 80. Anoraak, l'un des plus flamboyants représentants de cette scène «électro cosmique rétro futurtiste » très « endless summer » nous sert ici un vrai tube. Des synthés vintage aériens, une voix mélancolique, un groove quasi italo disco : « Make It Better », on peut pas faire mieux!


Gentlemen Drivers – Nationale 66

En général les deux Gentlemen Drivers (Mica et Benoît) conduisent des gros calibre qui vous transportent direct sur la route de l'enfer (le péril club) quelque part entre Detroit et Chicago. Ici ils prennent des risquent en empruntant une « Nationale 66 » plus italo disco et poppy que dirty-ghetto-tech. Et là encore, y a des chevaux sous le capot!


Stereoheroes - Lamborghini Lungs (Spoek & CV)

Marseille, cité des chaînes en or qui brillent et des tongs, ok, on sait. Mais depuis les Stereoheroes, c'est complètement le Bronx dans le Sud. Ici, les Lamborghini bougent toutes seules comme dans les clips de r'n'b et le flow ne sonnerait pas honteux sur une instru de Crookers. Haut niveau!


Danger – 88:88 : Stage 3

Attention, gros tube! Le lyonnais Danger aime quand ça déménage et qu'il reste des séquelles. Il le démontre avec maestria sur cette prod toxique, massive et entêtante qui réveillerait un dancefloor mort.


Spitzer - Odessa Spring version

Petite pause électronica de bon aloi. Une jolie respiration pour reposer les pieds. Mais pour combien de temps?


Nil Hartman - La datafunk

C'est beau, mélodique, pur, humain, amusant et puissant. La « datafunk », c'est un peu un nouveau « Da Funk » : ça devrait mettre tout le monde d'accord, du petit cousin fan de Boards Of Canada à la grande sœur qui veut aller danser pour tout oublier.


SPA - Piano magic

Une chanson pour réconcilier les hommes et les animaux. Spa se dit inspiré « initialement par les comportements animaliers, notre musique est à la fois calme, joyeuse, violente et dark... une versatilité qu'on peut attendre d'un animal faisant de la musique ». Une bonne façon de terminer une compilation, revenir à ses instincts primaires et danser comme des bêtes. Penser aux voisins : n'oublier pas de mettre le son à fond.




Second Sex - Petite Mort (bio du groupe écrite pour Because en 2008)

Enfin, les plus belles boots et les plus beaux riffs de toute la jeune scène rock parisienne sortent leur premier album. Et la meilleure nouvelle, c'est que les Second Sex, arrivés à leur majorité, ont aujourd'hui dépassé le rock garage binaire de leurs débuts en décembre 2004 pour voir plus loin et plus grand.
Petit rappel, à l'époque, décembre 2004 donc, les quatre jeunes garçons, Arthur (guitare), Vince (basse), Tim (chant/guitare) et Sacha (batterie) qui se connaissent depuis l'école et les stages de foot, se réunissent autour d'un amour commun pour le premier White Stripes, le « Is This It ? » de The Strokes et les groupes rock, soul, blues, funk et punk des années 60 et 70.
Ils optent vite pour un patronyme aussi sex que leurs premières mélodies, Second Sex, une référence à Simone De Beauvoir, très féministe. « Et si c'était nous, le deuxième sexe ? Notre nom est un hommage à toutes les stars androgynes : Iggy Pop, Mick Jagger, New York Dolls, Lou Reed... », disent-ils alors. Après ça, le déluge. Des concerts en rafale, deux singles plus que remarqués, l'emballement médiatique, l'engouement myspace, une première partie de Muse à Monaco devant 20 000 personnes, celle des Babyshambles à l'Olympia et des Wampas au Zénith.
Jusqu'à ce premier album et ses faits impressionnants. Une pochette dessinée par Guy Pellaert (auteur du cultissime « Rock Dreams »), et surtout, une production assurée par Pelle Gunnerfeldt, le producteur des Hives avec qui ils ont travaillé en Suède (Stockholm) pendant plusieurs semaines. « Travaillé » c'est bien le mot. Car il est loin le temps où les Second Sex pouvaient être étiquetés « rejetons de la scène parisienne des bébés rockeurs encensée par la hype, au même rang que les Naast ou les Plasticines ».
C'est que, sage, le groupe aura pris son temps pour arriver au rock dont ils rêvaient et dépassé le stade où ils chantaient : « Je suis une tortue ninja », tout en préservant la hargne d'antan. Résultat ? Un album puissant qui mêle le garage des débuts, le stoner rock et la power pop surpuissante. Des chansons couillues, qui sentent le cuir gras, les grosses motos et les filles en sueur, parlent de fétichisme, de diable et de « perdre le contrôle ». Chose que musicalement, les Second Sex ne font jamais, perdre le contrôle. Assénant avec une classe folle une ribambelle de tubes évidents et de classiques instantanés qui sonnent à la fois rétro -dans l'esprit- et ultra modernes -dans la production-, ils n'oublient pourtant jamais de laisser transpirer l'énergie punk saignante de leurs concerts et la colère primaire des rages adolescentes.
Dans Second Sex, il y a « sexe », et Petite Mort signifie aussi orgasme, ce qui à n'en point douter, n'est pas titre à avoir été choisi au hasard.

mardi 17 mars 2009

Bashung à l'Elysée

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Texte par Violaine Schütz publié dans le HOWL de janvier 2009

Elysée Monmartre – Le 26 octobre 2008

compte rendu de concert/ Bashung

Avec Daniel Darc et Christophe, Bashung reste l'un des rares survivants de la chanson française à nous émouvoir encore comme il y a dix ans. Il en donnait une nouvelle fois la preuve, le 26 octobre dernier devant un Elysée Montmartre aussi comble que comblé.

Chapeau, lunettes noires et pardessus à la Bogart, Bashung entre sur scène, impressionnant d'allure et d'aura en prévenant tout de suite le spectateur de ce qu'il attend. « Vous connaissez quelques unes des chansons que je vais chanter, d'autres non, je vous souhaite un bon voyage ». Un voyage, c'est en effet de quoi il retourne ce soir à l'Elysée Monmartre. Pendant plus d'une heure et demie, Alain Bashung alternera au milieu d'un jeu de lumière somptueux (on pense souvent à certaines scènes de Twin Peaks) morceaux récents (dont beaucoup sont tirés de Bleu Pétrole, son dernier album en date) et les tubes pour lesquels le spectacle affiche complet depuis quelques mois. La grosse surprise étant que notre hôte ne fait pas cavalier seul. Ses compagnons d'infortune et de fêlures n'ont rien d'un escadron de requins de studio un peu lourdaud mais manie la guitare, la basse et le violoncelle avec la légèreté d'un Calexico mêlée à la finesse d'un Tindersticks. Nous voilà donc très vite transporté par la magie d'une voix aussi torturée que limpide et d'une musique onirique vers un terrain très lointain qui file le vague à l'âme et la chair de poule (celle des frissons et des picotements dans le bas ventre). Les escales les plus flamboyantes demeurent celles qui nous amènent vers le passé. L'impeccable « La nuit je mens » est le premier moment d'émotion pure qui s'offre à nous avant que l'homme en noir nous régale d'une reprise très classe d' « Everybody’s talkin’ » d'Harry Nilsson, et d'une version sautillante d' « Osez Joséphine » dont l’intro est remplacée par le « Blowin’ in the wind » de Dylan. Mais le meilleur reste à venir. Quand la fin arrive, « Madame Rêve » épingle le public au ciel et le magnifique « Vertige de L'Amour » donne le tourni à ce qu'il nous reste d'esprit. On dit merci.


dimanche 15 mars 2009

Una notte bianca, nel 1977 avec JC/DC


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texte paru dans le TSUGI n°9
par Violaine Schütz

Una notte bianca, nel 1977 avec Jean-Charles de Castelbajac

Créateur pop post-moderne, déjanté et plein d’humour, connu pour ses détournements de toiles de jutes en robes citationnelles, Jean-Charles de Castelbajac, est aussi un fan de musiques électroniques acéré, ami du leader de Kraftwerk à ses débuts qui projette aujourd’hui de faire jouer Crystal Castles à son prochain défilé. Moment rare : le plus anarchiste des aristocrates nous entraine avec lui dans une nuit-voyage digne d’un épisode d’Indiana Jones dans le temple maudit d’une l’Italie hantée.

C’était en 1977 ou 78, en Italie, pendant les années de plomb, ce moment de l’histoire où il y a eu énormément d’attentats terroristes et où régnait un étonnant paradoxe entre la dolce vita italienne et quelque chose de dramatique lié à la présence du fascisme. J’ai une vingtaine d’années, c’est un samedi soir d’été, en fin de soirée. Un ami cher, Achille, me propose de le suivre dans sa vieille décapotable Corniche vers une propriété perchée sur les collines de Reggio d'Émilie, qui ressemble qui a tout de la demeure de Nosferatu.

22h30 : Achille frappe à la porte, et on se retrouve dans un immense couloir d’une hauteur de 11 m sous plafond, avec un sublime tapis d’orient au sol, et une voute faite de chaque côté de 25 têtes de girafes empaillées, et d’orangs outans naturalisés : que des animaux que j’aime sacrifiés pour le seul plaisir de tuer. Les girafes, très féminines, me regardent chacune dans les yeux, avec la même tristesse dans le regard que la mère de Bambi au crépuscule de sa vie. Au fond du couloir, trône une énorme tête de lion sous laquelle se trouve une double porte cloutée à battant. Un maitre d’hôtel ouvre la porte. Et là, on découvre une autre pièce-temple contenant des tableaux très sombres d’ancêtres, presque que des hommes dans une atmosphère étrange avec un éclairage aux chandeliers et une table mise de 12 m de long au milieu. On s’installe avec Achille dans des fauteuils renaissance italienne.

23h : Il est assez tard pour diner lorsqu’arrive une femme au très long cou, comme on peut seulement en voir sur les princesses romaines photographiées par Richard Avedon, et qui
ressemble aux girafes de l’entrée. Par une autre porte, sort un homme rougeaud, avec moins d’allure, qui s’installe à l’autre bout de la table. Le couple très mal assorti ne s’adresse la parole que par petit mot écrit et transmis à un maitre de maison qui le pose sur un petit plateau d’argent.

00h30 Dans une situation à faire pâlir de désir Salvador Dali, et dont la drôle d’ambiance aurait fortement excité Marcel Duchamp, le premier plat arrive. La maitresse des lieux, dont j’apprendrais plus tard l’identité- il s’agissait d’une véritable princesse romaine devenue comtesse par son mariage avec un riche notable toscan-, est entourée d’une dizaine de chihuahuas comme il en existe que quelque uns dans le monde. Le diner se passe et la conversation trépasse. Dans cette cathédrale du silence, le velours est proche des prémisses d’eyes wide shut, mais il ne se passe rien. Je demande en partant à Achille, si ces gens ne sont pas un peu bizarres. Il me répond que le couple a simplement choisi de régler un contentieux entre tous les deux par un silence à vie.

01h30 Achille me parle d’une fête chez un ami, dans les collines de l’Emilie. On monte dans sa Rolls corniche, dont la teinte change selon les jours (il prend la noire le lundi, jour de deuil) et on arrive devant une villa bunker avec un ciment à la Rambo, qui reflète la lune. A l’intérieur la fête est assez figée avec que des jeunes gens de familles à l’allure romantique et romanesque, tous semblables aux mannequins de Kraftwerk. Une quinzaine d’entre eux regardent vers un petit jardin. Et là je demande à Achille : « toi qui est un grand amateur de beauté féminine, peux tu me dire où sont les femmes ? »
Il me répond : « Elles ne sortent pas après minuit ». Je suis un peu déçu.

3h30 A travers les baies vitrées, vers lesquelles les jeunes garçons lorgnent, j’aperçois une fille qui ressemble au printemps de boticelli, poursuivie par un ours. Je ne comprends pas pourquoi les clones de Gary Numan assistent à cette tragédie en rigolant. En colère, j’en bouscule un, je saute dans le jardin, je cours après l’ours, le terrasse, sa tête roule et boule et je découvre qu’une femme se cachait sous la peau de l’ours. A ce moment là, des projecteurs se braquent sur les différentes terrasses hypra modernes de la villa, et des sonorités électroniques qui remontent à l’archéologie du genre, dans la veine d’OMD, Human League et Throbbing Gristle envahissent l’espace. Il s’agit en fait des premières notes de « warm leatherette » de the normal, convié pour orchestrer live cette messe apocalyptique.

4h30 je dois travailler le lendemain matin, dessiner une collection pour la marque Sportmax pour laquelle je travaille alors, mais Achille me prend à part et me dit, pars pas, je veux te montrer quelque chose. Il m’emmène dans une pièce où se trouve un tableau en dyptique, montrant d’un côté, le dos d’une femme grandeur nature constellé de grains de beauté, et de l’autre une nuit étoilée où les taches de la fille sont transfigurées en ciel. Il s’agit du tableau « physionomie céleste » de Claudio Parmiggiani (célèbre peintre italien des années 60, ndr).

6h00 Achille me dit qu’il veut m’offrir ce tableau.

6h30 Après un tour en Rolls, on se retrouve à la terrasse d’un café, nous sommes seuls, Achille me récite du Lautréamont, en français dans le texte, la séquence du requin des chants de Lautréamont. Je commande un double expresso et un verre de Sambuca. Je bois la liqueur dans le café, après avoir fait flamber 3 grains de café. Le jour se lève sur l’Italie plombée par les années de plomb.

www.jc-de-castelbajac.com/

Une nuit avec Sebastien Tellier

http://www.cluas.com/indie-music/Portals/0/Blog/Files/5/436/tellier.jpg
Article paru dans le TSUGI n°6
Texte de Violaine Schütz

Une nuit rêvée avec Sébastien Tellier


Comme le grand Christophe (dont il est fan), le latin lover aux costards blancs Sebastien Tellier vit surtout la nuit. C’est pendant ces heures sombres qu’il compose, joue à la Playstation ou file au Baron. Sur son nouvel album, Sexuality, il imagine une nuit érotique du début à la fin ; Et pour Tsugi, c’est une soirée légère et avinée dans un pseudo-Cannes qu’il fantasme. « La nuit pour moi c’est lié au rêve et à l’enivrement », avoue-t-il


18h00 : Je suis dans une belle villa à 500 mètres de la mer dans les hauteurs d’une ville qui ressemble à Cannes, mais qui n’est pas Cannes. Je bois un bon vin blanc glacé, et j’écoute Robert Wyatt. C’est vraiment parfait Robert pour l’apéritif car ça plonge dans l’obscurité.

19h : Il faudrait que ma fiancée rentre de ses affaires, qu’elle ait un travail. Qu’elle ne soit pas chômeuse donc, non je plaisante. (Dans la vraie vie, la petite amie de Sébastien, Amandine de la Richardière est une jeune actrice à forte poitrine de 26 ans qui n’a pas beaucoup tourné mais a prêté sa voix au disque de Tellier. Ce sont ses orgasmes qu’on entend tout au long de Sexuality, ndr). Non, je voulais dire que dans ma nuit préférée, ma copine rentre d’un travail qui l’a intéressée et a plein de choses à me raconter sur cette activité.

21h : Deuxième apéritif. Les disques à écouter pour le deuxième apéro parfait, c’est Diana Ross, Marvin Gaye, Stevie Wonder, les Beach Boys.

22h30 : Il est l’heure que les taxis viennent nous chercher pour nous amener au restaurant. Des amis nous rejoignent, mes meilleurs potes, des gens que je respecte dans l’art, d’autres qui ont des choses absurdes à dire. Là, on boit un maximum. Et surtout on réfléchit à ce qu’on va manger. On fait des concours de qui prendra le plus de trucs. « Entrée-plat-dessert », qui fait mieux ?

23h30 : Arrivée au restau, troisième apéritif, puis on s’empiffre. Moi, j’aime bien quand c’est la fiesta sur la table et qu’il y a plein de trucs partout. Le couscous c’est agréable, les tapas aussi. Faut que ce soit des plats festifs, qu’on s’amuse en les mangeant. Après, moi j’apprécie quand il y a des embrouilles pendant le repas. Un tel qui a trompé machin et que ça se sait. Si des copains peuvent se mettre sur la gueule, c’est dommage pour eux, mais ça fait toujours des petites activités sympas. J’adore aussi admirer les gens et cracher sur les gens : « lui, il est formidable », « oh, lui, quelle merde ! ». Les discussions stériles et les soirées superficielles avec des gens intéressants, ça c’est bien.

02h00 : Lentement mais surement on se retrouve chez un pote. Là, on boit plus un digestif- du Cognac- pendant que les filles se re-préparent un peu, avant de repartir. J’aime bien les déplacements, c’est là où je me marre le plus. A l’arrière d’une bagnole, quand on écoute de la musique à fond en racontant n’importe quoi, c’est un moment merveilleux.

03h00 : On sort dans une boite de nuit qui se trouve face à la mer. Je regarde les autres danser, je profite de la musique pendant que des mecs me racontent les derniers potins. J’ai essayé de bien m’habiller pour sortir. J’essaie d’être toujours présentable et de créer un certain style. Je peux garder mes lunettes de soleil dans le club.

Fin de la nuit : Un bon brunch avec un gros cheese-bacon, dans un endroit comme le restau américain Joe Allen à Etienne Marcel. Pas un McDo, non ! Des vraies frites et un vrai burger. Après seulement j’envisage la possibilité du sommeil.


Sexuality (Record Makers/Discograph)


jeudi 12 février 2009

Metronomy - Tsugi n° 10 - juin 2008

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Texte : Violaine Schütz
Metronomy
New rêve

Une incroyable injustice ! C’est ce dont l’ambitieux trio anglais Metronomy, a fait l’objet. Classés vite-mal fait dans l’étroite case fluo de la new-rave à ses débuts, le groupe a continué à être cantonné au rang de sous-klaxons dans son pays. A tort. Nul n’étant prophète dance en son pays, aux Français de les apprécier à leur juste valeur : celle d’un groupe pop majeur.

Si comparaison il doit y avoir, ce n’est pas du côté de Twisted Charm et Hadouken ! qu’il faut chercher à caser le cas Metronomy ; Le sang de ce trio de Brighton est royal, de celui qui coule dans les veines d’une race pop qui vient de loin, de celle qui brise les frontières et franchit des montagnes, avançant seul et dans le noir, sans Dieu, ni maître pour créer de nouveaux sentiers, dresser des ponts inédits. Sparks, Devo, Talking Heads, voici quelques noms que le frondeur Nights Out, deuxième album de Metronomy, évoque au détour de douze partitions d’électro-pop anticonformiste qui ne se laissent pas facilement apprivoisés. Et si Metronomy étaient les nouveaux Brian Eno ?
La jeunesse parle à la jeunesse
« Les chansons dance parlent presque toute de la nuit de façon fun. Notre concept, c’était de créer la bande son d’une nuit, mais pas d’une nuit où je m’éclate, plutôt d’une où je ne m’amuse pas. On parle d’un thème pas très fédérateur : le clubbing non festif (rires) ! Car je sors beaucoup, mais suis souvent déprimé pendant en soirées. En Angleterre, le public s’accroche à l’aspect visuel-très coloré de notre univers, qu’ils trouvent fun, mais il y a une grande tristesse, dans notre démarche. »
Ah, c’est sûr, Joseph Mount, à qui l’on doit ses propos, n’est pas un leadeur pop anglais comme les autres. Ce guitariste de 26 ans ne porte pas de slim, ne kiffe pas Kate Moss et ne cause pas de filles. Plus Nick Hornby que Pete Doherty, il porte dans l’album Nights Out, ainsi que dans la vie, un regard plutôt désabusé sur ses contemporains dans des chansons presque toutes écrites « en rentrant ivre de pub ou destroy après une virée en club ». « Nos paroles sont assez mélancoliques, avoue Joseph. « On Dancefloors » raconte le désarroi qu’on peut ressentir parfois sur la piste de danse quand on arrive pas à communier avec ses potes. « Heartbreaker » s’inspire d’un ami enfermé dans une relation amoureuse de merde, qui n’arrête pas de se plaindre de sa meuf à un pote. En fait, le plus important c’est sa relation avec ce pote ! « Holiday » c’est l’histoire de vacances impossibles pour un couple qui n’arrive pas à se mettre d’accord, et « On the Motorway » c’est un peu notre « Leader Of The Pack » à nous : l’histoire d’une fille qui vole une voiture et a un accident avec juste après ».
D’Aphex à Erol
Mais le propos, très « commentaire social » et donc très « Gang Of Four » serait banal s’il n’était pas accompagné d’une musique qui lorgne bien plus loin que le pavé anglais. Musicalement, Metronomy c’est une batterie métronomique qui suit les pulsations cardiaques d’un cœur fou et survolté, une basse new-wave souvent inquiétante et des synthés cheap mais riches d’idées. On y retrouve la grâce new-wave de New Order, la rage des Clash et un peu de l’émotion techno primitive contenue par Kraftwerk. Et puis quelque chose d’absolument unique et moderne ;
Car si Nights Out est l’œuvre d’un trio : Gabriel Stebbing (basse, claviers), Oscar Cash (saxophone, claviers) et Joseph Mount donc, c’est surtout celle de ce dernier. Joseph, un gamin qui a grandi « dans la pire région du monde, Devon. Etre ado là-bas, c’était ne rien faire, absolument rien, à part errer dans les parcs. Si tu as 15 ans à Devon, et que t’es pas totalement comme les autres et que tu as ton propre sens-très particulier- de la mode, on dit que t’es hippie et on te trouve vraiment bizarre. Tu passes pour un freak. »
Heureusement, les choses s’arrangent un peu quand le père de Joseph vend un ordinateur à son fils. Ce dernier s’en sert pour copier ses héros d’alors -Autechre, LFO, Aphex Twin- et se choisit un nom mélangeant ses deux passions : la musique (métronome) et l’astronomie. Parce que l’ado de 17 ans vise déjà les étoiles. Un premier album étrange, très électro et quasi instrumental intitulé Pip Paine (Pay The £5000 You Owe) naîtra en 2006 dans la chambre du petit Joseph et aboutira à quelques faits exemplaires : des remixes pour Klaxons, Franz Ferdinand et Kate Nash. Un premier single, « You Could Easily Have Me » playlisté en boucle par Erol Alkan, et surtout un concept live parmi les plus originaux qu’il nous ait été donné de voir.
Harder, better, stronger
« Sur scène, on place des lampes sur nos tee-shirts. L’idée est venue d’une illumination qu’on a eu juste avant de faire notre premier concert, raconte Joseph. On voulait éviter d’être pris trop au sérieux, ou d’être vus comme un groupe d’électronica chiante, alors je suis rentré dans une solderie « tout à un pound » et j’ai acheté ces trois lumières rondes. C’est un peu comme la pyramide Daft Punk, mais version cheap. Nos chorégraphies sont nées de la même impulsion : étonner, offrir un truc original. On a même invité une troupe de danseuses une fois sur scène. »
Définitivement pas comme les autres ces Metronomy, injustement réduits à un énième groupe fluo, alors que la vérité est ailleurs, dans une révélation délivrée en fin d’interview par Gabriel, le bassiste. « On aimerait que les gens pensent qu’on commence quelque chose, et pas qu’on le finit, qu’on nous place dans une lignée de groupes pop qui ont essayé d’éclater des barrières, pour écrire des chansons à la fois dansantes et un peu compliquées. On aime vraiment la musique et on en écoute beaucoup : du post-punk à la new-wave en passant par la pop très pure de Hall& Oates. On ne fait pas ça pour la gloire ou les filles. Alors ce serait vraiment chouette que ceux qui écouteront l’album se rendent compte qu’on a tenté de faire quelque chose d’ambitieux, de plus grand, de plus intéressant que de s’engouffrer dans une mode. Metronomy essaie d’être différent. »
Et réussit. Alors, que Justice soit faite.
Nights Out (Because)

mardi 9 décembre 2008

Late Of The Pier

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Article de couv paru dans le TSUGI n°11

Texte : Violaine Schütz
Late Of The Pier
les derniers arrivés
Fin de race, début de lignée

Il y a eu le revival du rock binaire classe 77, l'éphémère nu-rave remettant les 90's au goût du jour et puis plus rien. Enfin, c'est ce qu'on croyait jusqu'à ce qu'un quatuor à peine majeur, Late Of The Pier, viennent confirmer, avec un premier LP vivifiant et barré ce que Metronomy et Mystery Jets avaient prédit. Il y aura bien un futur du rock anglais, et celui-ci passera par des synthés, une excentricité très 80's et une bonne dose de second degré. Vivement demain!
« Ce n'est pas seulement le nouveau groupe le plus excitant du moment, c'est LE groupe le plus excitant de tous les temps. J'aime leur musique et en tant que personnes ce sont les quatre types les plus créatifs, spirituels, inspirés, concentrés et aimables que j'ai jamais rencontré. Je pense que Fantasy Black Channel est un très beau disque, qui ose beaucoup de choses, mais ça je le savais avant même qu'on commence à l'enregistrer.”

C'est en ces termes, plus qu'élogieux que l'homme du moment, l'Anglais Erol Alkan, parle de son groupe préféré dont il a produit l'album, et on est pas loin de partager son enthousisame un brin ampoulé. Le 26 juillet, on constatait pour de vrai à quel point l'emphase de l'ancien patron du Trash n'était pas volée. Au Razzmatazz, immense club de Barcelone, perdu au milieu de nulle part et abritant des clubbeurs de tout bords se divisant sur 5 salles, Late Of The Pier jouait à 3 heures. Après un set techno italo de Sistema (un producteur espagnol proche d'Alexander Robotnick), ils parvenaient alors à mettre d'accord ceux qui étaient venus danser sur de l'électro et les indie rockeurs déjà au courant de la nouvelle “LOTP”. Dans une salle non climatisée (la seule de tout le club) et fumeuse (la seule aussi de tout le club), l'alchimie prend dès les premiers retentissements synthétiques. Il y a plus de claviers sur scène que d'êtres humains, humains dératés que l'on voit s'agiter dans tous les sens dans des tenues dorées improbables, un mix de lamé or période disco et de nippes vintage.
Musicalement, le son est assourdissant, la vitesse d'exécutions d'un urgence absolue : les bombes électro rock barrées, s'enchainent et explosent les têtes. Les martèlements du chanteur frappant frénétiquement un instrument diy fait de lattes de lit, sur « Space And The Woods », premier single auto-produit du groupe sorti en Mars 2007, enfonce le clou dans un cerveau déconnecté et des jambes bien laminées. On est envouté, heureux, chancelant quand le chanteur finit dans la foule, porté par un public chauffé à blanc. Quelques minutes plus tard, en reprenant nos restes d'esprit, on pense à la fois à Ian Curtis pour la danse épileptique de danse du chanteur, à l'énergie brute du début du punk, aux farces de Devo, aux concerts débraillés de Klaxons, autres pourfendeurs de barrières musicales dont ils sont le sens du dancefloor féderateur, l'élégance d'un Franz Ferdinand en prime.
C'est à peu près la même sauvagerie brute, le même choc frontal, complètement rafraichissant et étourdissant, qui émane de la première écoute de l'album inaugural du quatuor. Fantasy Black Channel est une petite révolution dans le manoir anglais de la pop anglaise. On y brasse à peu près tout, du glam rock au prog, en passant par la pop expérimentale, l'électro weirdo, la new-wave, le hard rock et le funk. On casse les ryhtmes, déglinguent les mélodies, ça part dans toutes les directions, va et vient, ose le pire mais plus souvent le meilleur. LOTP y démontre violemment à ceux qui ne voyaient qu'en eux les hypeux auteurs d'un track compilé par Kitsuné (« Broken ») bon qu'à remplir un Showcase ou un Paris Paris qu'ils se trompent différemment. Ca aurait tellement facile : quatre jeunes garçons plutôts mignons, anglais, auteurs d'une musique crossover et fluo, adulés par les branchés. Sauf, que voilà, Late Of The Pier, soit « la fin de la jetée », c'est à peut près tout sauf ça.
Les pendules à l'heure
Si l'on se fiait à l'imagination des empêcheurs de danser en rond, les Late Of The Pier seraient idéalement issus de Londres, beaux comme des Dieux dans leur slims ultra mode, incultes comme pas permis, de la morgue à revendre. Surprise. On découvre Sam (chant guitare) le regard habité à la Ian Curtis, en pantalon rougeâtre trop grand et un tee shirt qui a eu plusieurs vies, Ross (batterie, percussion, fanatique), rouquin mutique, Faley (basse), dans un look intégral de métalleux tendance légèrement hippie qui aurait pu jouer dans le nanar Radio Rebels et Potter (synthétiseur, sampleur), légèrement bedonnant et le cheveux gras, tous très préoccupés peu avant leur concert espagnol. Il leur manque des câbles et le son de leur balance n'est pas au point. Perfectionnistes, soucieux, ils tiennent à faire les choses dans les règles. L'interview prévue à 19h aura finalement lieu à 1h, dans le hall de leur hôtel. Et au lieu d'y arriver bourrés, ou dans un état déliquescent, ce sont quatre jeunes hommes acérés, patients, et tout ce qu'il y a de plus intelligents qui se présentent à nous. Première chose qui frappe, le contraste (frôlant la contradiction) saisissant entre leur jeune âge (ils entament à peine la vingtaine, mais en paraissent 15), leurs bouilles d'idiots du village et l'originalité très mature de leurs réponses.
Ils auraient pu, pour commencer, nous dire qu'ils s'étaient formés, en 2005, pour épater les filles et boire à l'œil. Mais Sam dément fermement : « J'ai rencontré Faley, quand j'avais vraiment vraiment besoin d'herbe et Ross en classe de science, on s'est retrouvé autour de notre humour absurde. C'est drôle de penser que nous nous sommes rencontrés en classe de science, car notre association en groupe a été une réaction chimique à la médiocrité de beaucoup de groupes anglais indie qui trouvent une formule et s'y tiennent fermement, reproduisant le même schéma pour toutes leurs chansons. Nous abordons la musique comme des scientifiques. Nous disséquons ses différents ingrédients pour découvrir de nouvelles choses en musique, et expérimenter de nouvelles formules. »
Autres originalité chez ces scientifiques pop d'un nouveau genre, ils n'ont pas grandi dans la capitale, Londres, la ville de la nu-rave et des Libertines. Ca aurait nourri la hype et le mythe. Mais mieux, ils viennent « d'un petit village appellé Castle Donington et on a découvert la musique live en s'échappant au Liars Club, à Nottingham alors qu'on était mineurs, raconte Potter. L'offre musicale live a toujours été très limitée là bas. On y a vu quand même Franz Ferdinand, Cut Copy ou Art Brut ainsi que des DJs comme Hell. Mais sinon, on était plutôt vierges de tout. Aujourd'hui, on vit tous les quatre dans une maison, en rase campagne, dans les Midlands, près de la forêt de Nottingham. On ne peut pas vivre dans une ville. Nous détestons Londres, si on y avait vécu on aurait totalement pété les plombs ou alors on serait restés enfermés entre quatre murs. On a besoin de vivre à la campagne et de pouvoir laisser vagabonder notre esprit. Le bruit que l'on traduit dans notre musique vient de cette nature. Et le vide qui y règne nous permet de penser et de faire fonctionner l'imagination. On ne regarde pas non plus la TV, on reste chez nous à discuter jusqu'à pas d'heure. On écrit aussi beaucoup de poésie ou d'histoires dans lesquelles on teste notre sens d'humour, et après on se les fait lire. En fait, nous sommes un peu comme des personnages de Spike Milligan. » Spike Milligan, c'est ce comique et comédien anglais génial (décédé en 2002) qui inspira les Monty Python et Perter Sellers. Il écrivait des choses comme « Remède contre le mal de mer : asseyez-vous sous un arbre.» Une phrase qu'un Late Of The pier aurait pu écrire. Leur chanteur trouvant par exemple la pochette de leur cd promo (un logo sur fond bleu) « belle comme une pâtisserie » et comparant leur musique « au bruit émanant d'une poupée de porcelaine mangée par des alligators. »
Chaos pop et chaîne porno
Qu'on se le dise, les LOTP sont des originaux, à l'image de leurs idoles qui en sont ni des Bowie, ni des Morrissey. « On n'est pas trop intéressés par les personnes célèbres. Ce qui nous inspirent, ce sont des gars de notre village, des excentriques. Beaucoup d'alcooliques de notre village sont nos héros, raconte Potter. Jay Austin est l'un d'eux, un type toujours ivre qui a des histoires en pagaille ou un vieil Irlandais appelé Nelly, qui est comme un grand enfant réclamant un gros jouet. A chaque fois qu'on lui réclame un peu d'argent ou qu'un truc lui plaît pas, il hurle et pleurniche; Il est très charmant, c'est un personnage. On adore d'ailleurs les chansons qui parlent de personnages comme « Sexy Sadie » ou « Lovely Rita » des Beatles, un de nos groupes préférés. »
Mais attention, Late Of The Pier n'a ni l'élasticité pop des Beatles, ni l'évidence sonique, il préfère le chaos et concède facilement sa difficulté d'accès. « Late Of The Pier ne signifie rien. Tout comme Fantasy Black Channel, ce sont des non-sens, avoue Ross. Pour le titre de l'album, c'est à la fois l'écran noir sur lequel tu peux laisser ton imagination vagabonder et une chaine de TV porno qu'avec des blacks. On laisse l'auditeur choisir, selon la tournure de son esprit plus ou moins malade. C'est vital pour nous de laisser les champs ouverts. Ca correspond au fait qu'on ne pense que la musique doit se laisser appréhender en termes de frontières ou de genre. Elle devrait être laïque! On nous a reproché de ne pas pouvoir nous cerner, de passer d'un morceau à l'autre, à un style complètement différent. On ne peut pas nous classer parce que notre approche de la musique n'est pas de s'inscrire dans une tradition. On part d'un beat, et on le suit, et puis on fait très souvent marche arrière, dès qu'une mélodie part trop dans un genre précis. Ça doit être un peu frustrant pour les fans, c'est vrai. Mais c'est dangereux d'avoir un cadre et de s'y appuyer, c'est comme s'endormir au travail. »
Fin de règne
C'est que le quatuor semble appartenir à une nouvelle race du rock anglais. Là où les grands frères (Libertines) avaient pour maitre étalon les 70's, ses guitares simplissimes et ses textes qui causent principalement de filles et de drogues, les Mystery Jets, Friendly Fires et autres Metronomy ont décidé de compliquer la pop. « Il y a en effet des similitudes entre nous et ces groupes, confirme Sam. On est pas intéressés par le format 3 minutes à tout prix. On aime l'idée que sans raison apparente, la mélodie se barre et prenne un autre chemin. Peut-être, que ça vient de notre génération, qui essaye de détruire des choses déjà entendues, et d'en essayer d'autres. On était d'ailleurs embarrassés de découvrir que nos démarches se ressemblaient autant, sans nous être concertés, avec Metronomy. On admire la manière dont ils utilisent des synthés, non pas pour être trendy mais pour obtenir des sons particuliers qui ne peuvent pas être utilisés avec d'autres instruments. Leur musique semble dire à toute une génération précédente : n'essayer pas de coller à une étiquette, prenez le risque d'être vous même, de ne pas sonner comme les autres, déposez les uniformes, C'est une ode à la difference.”
Différents, étranges, déroutants, LOTP poursuivent l'œuvre de Klaxons et d'autres groupes étiquetés nu rave dans le mariage d'éléments dance et d'énergie punk pop mais vont plus encore plus loin lorsqu'ils enchevêtrent claviers, guitares, saxo et trompette, et tout un tas d'autres sons bizarroïdes empêchant toute tentative de classification. La formule magique « dance punk » ne suffit plus. Late Of The Pier ne s'appelle peut être pas « La fin de la jetée » pour rien. C'est la fin d'un règne dont leurs mélodies over-mutantes sonnent le glas. Celui des tribus, des clans et des combats de sang, des mods aux clubeurs fluo en passant par les goths. L’histoire musicale anglaise atteint ici peut-être l'une des ses phases les plus passionnantes. Il y a eu les corbeaux d'Editors reflétant le moral des ados au plus bas, puis la nu-rave en réaction hédoniste aux idées noires et finalement la digestion de tout ça. Thèse, antithèse, synthèse. « La vie est dure » ou « le suicide est dans mon sang » chante Late Of The Pier sur des mélodie de synthé qui ferait danser un mort. Il y a là la rage désespérée d'un certain rock anglais d'héritage new-wave et l'optimisme dansant de la relève, et puis des choses encore jamais entendues, comme danser sous les bombes, en scrutant de nouvelles planètes, en quelque sorte.
Alors pendant que certains croient encore que Late Of The Pier est une simple marotte pour branchés consuméristes, les quatre « idiots du village » écrivent sans doute la B.O de leur temps. Comme Joy Division, à son époque écrivit celle des 80's, soundtrack à la fois sombre et lumineuse, désespérée et galvanisante, une musique de mort et de vie.