dimanche 19 juillet 2009

Interview croisée de Metronomy et Chandra (Soirées Durrr) publiée dans le magazine du Social Club en 2008

Metronomy versus Chandra Durrr

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Mon premier sort un album d’électro-pop tendance post-punk intitulé Night Out, qui raconte une nuit de fête du début à la fin. Mon deuxième organise l’une des meilleures soirées de Londres, la DURRR. Le toute forme l’une des « parties » phares du Social Club ce mois-ci qui fera se rencontrer le groupe anglais Metronomy et la mythique soirée de Chandra, fondatrice des Durr. Interview croisée entre ces deux spécialistes d’un clubbing rock de qualité.

Propos recueillis par Violaine Schütz

www.myspace.com/metronomy

www.myspace.com/durrrclub

Quelle est votre definition d’une soirée réussie?

Joseph Mount, leader de Metronomy : Quelque chose d’imprévu. Ne jamais prévoir de sortir, ce genre de soirées sont toujours décevantes. Je trouve que c’est beaucoup mieux de finir dans un lieu rock avec quelques bons amis et de passer toute sa nuit à requester des chansons des Smashing Pumpkins au Dj.

Chandra : Une bonne soirée pour moi, c’est de bonne danses et de bonnes discussions!

Est-ce que vous vous souvenez la première fois que vous êtes allés en club ?

M : Je suis allé dans un club de Brighton appelé le Gloucester. C’était une soirée rock, et j’avais 14 ans avec un permis de conduire d’un type de 22 ans. Je ne faisais pas du tout 22 ans et j’ai du porter un chapeau toute la nuit. C’est la première nuit où j’ai essayé le snakebite (mélange de bière et de cidre) un peu trop fort.

C : Je pense que c’était la soirée Puke au club Moles à Bath, c’était pour les teenagers et j’avais 15. Je ne m’en souviens pas très bien mais je sais que c’est à partir de là que j’ai commencé à aller à l’indie club Fusion tous les weekends. J’avais 16 et je suis toujours dans les clubs indie et dance à 31 !

Comment avez- vous découvert la musique électronique?

M : Par la collection de disques de mon père et une ex-girlfriend. J’étais assez chanceux pour sortir avec la seule fille de Devon (région anglaise dans laquelle a vécu Joseph avant de migrer à Brighton puis à Londres) à écouter LFO.

C : Un ami Dj a commencé à mixer du Daft Punk et du Kraftwerk au club indie, puis un autre pote organisait des énormes soirées dans l’Est du pays appelées les Karanga qui passaient beaucoup d’électro.

Quelle est votre chanson de club préférée?

M : « Ignition remix » par R-Kelly – Parce c’est la meilleure chanson sur le clubbing et le fait de sortir jamais écrite. « So what? I’m drunk » est mon mantra.

C : Bien sûr, ça change tout le temps, mais en ce moment j’aime danser sur le « Shadows » des Midnight Juggernauts ou le « Hoy » de Duke Dumont.

A quoi ressemble la scène musicale londonienne aujourd’hui? Qu’y-a-t-il de plus excitant à y faire ?

C : J’aime toujours voir des groupes en live et Londres accueille tout le monde en concert donc tu peux y expérimenter en live tout ce sur quoi tu es à bloc! C’est une des meilleures choses à propos de cette ville. Mais en ce moment, j’ai l’impression qu’il y a trop de festivals avec des sound-systems pourris qui affectent les shows, et que les gens ne vont voir des groupes et des Dj’s que dans ce cadre là. Pour moi, les clubs sont les meilleurs endroits pour vivre la musique.

M : La scène est beaucoup plus intéressante que l’an dernier, il y a plein de nouveaux groups qui émergent et sont très intéressants. Et les clubs londoniens jouent toujours de la bonne musique. Quand un club de Londres ne joue pas Suede ou les Smiths, alors la scène musicale est morte.

Est-ce qu’un Dj a déjà sauvé votre vie?

M : J’ai vécu à Devon, un comté du sud-ouest de l'Angleterre, encadré par les Cornouailles à l'ouest et Dorset et le Somerset à l'est plein de Dj's drum and bass. J’en ai entendu un jouer et j’ai détesté. Je ne m’y suis plus jamais attardé ensuite. Donc, oui ce type a changé ma vie.

Interview de Jackson parue dans le magazine du Social Club en 2008

http://www.musiczine.net/fr/images/stories/intrv/2006-12/jackson_&_his_computer_band_2006_07_13.jpg
Jackson

par Violaine Schütz

En 2005, après quelques tracks très prometteurs, le parisien Jackson sortait l’iconoclaste Smash et s’imposait comme le Aphex Twin français et le renouveau de la french touch à lui tout seul. Adulé par Richie Hawtin, les 2 Many DJs ou encore Laurent Garnier, la presse hype et le label Warp qui l’a signé, il enchainait alors avec une série de live et de dj sets percutants. En 2008, le fils prodige ne s’endort pas pour autant sur ses lauriers, il travaille à Berlin, sur un nouvel album et prépare son grand retour, au Social Club le 3 septembre.

Te confond-on toujours avec Michael Jackson ?

Oui, surtout en interview.


Te souviens-tu du moment as-tu su que tu voulais faire de la musique pour de bon ?

Je pense que c'est lié aux premiers vinyles que j'ai écoutés à l'âge de 8 ans. La reprise de « Satisfaction » de Otis Redding ou « All the way down » de Etta James... Ca n'a pas grand chose à voir avec le fait de faire de la musique pour de bon, mais c’est l’un des déclics qui ont fait que j’ai su tôt vers où j’avais envie d’aller.

Comment as-tu découvert les musiques électroniques ?

« Rock it » de Herbie Hancock... On expliquait qu'il y a avait un mouvement qui s'appelait le smurf... Plus tard on écoutait « rave age » avec mes potes, l'émission présentée par Patrick Rognan sur FG... Ils annonçaient des rendez-vous et donnaient des numéros de hotline pour aller dans des soirées tech. J'aimais bien le hardcore pour le coté dramatique et l'esthétique d'une jeunesse industrielle no future qui danse hilare jusqu'au petit matin dans des lieux à priori sordides.


Quand tu réécoutes Smash, ton premier album, qu’en penses-tu ?

Certains morceaux me paraissent ratés, la gestion du temps, le mixage, ça me semble relativement foireux mais j’ai l'impression que le disque est habité. Ce qui était dans mes tripes à cette époque s'entend sur ce disque.


Quelle est la plus belle chose qu'on t’ait dite à propos de cet album ?

Je ne sais pas si on me l'a dit ou si j'ai fini par m'en convaincre mais qu'on aimait faire l'amour sur cet album.


Pourquoi prendre trois ans avant de travailler sur un autre disque ?

Parce que chaque étape de l'organisation d'une vie me prend cinq fois plus de temps que la plupart des gens. Alors je m'accorde le temps d'y réfléchir et d'élaborer des stratégies pour devenir un assisté « control freak ». Aucune des sociétés avec lesquelles je traite pour commercialiser mes enregistrements ne m'a proposé de bénéficier de leurs infrastructures. Ils me filent du pognon alors je le dépense mal et je m’installe à Berlin il y a de cela trois ans.


Ton prochain album sera-t-il aussi « révolté », irrévérencieux (l’un des morceaux du précédent se nommait tout de même « Radio Caca »)?

S’il pouvait être tout simplement jouissif,ça m'arrangerait.



Tu y travailles tout seul ?

Non, j'invite quelques personnes à me rendre visite dans un espace de travail totalement secret conçu avec deux amis. Ca ressemble à un tank mais il y a un canapé bleu sur lequel je m'endors et fait des auréoles de bave.


As-tu changé ta manière de travailler ?

J'ai essayé de quitter le monde des ordinateurs que je hais par dessus tout mais j'ai fini par me rendre à l'évidence que j'en étais dépendant, donc hormis le fait que j'utilise une palette graphique à la place d'une souris, je passe mon temps à regarder un écran.


Comment s'organise une journée type de Jackson ?

Je fais des listes le matin. Je pense en dormant sur le canapé. Je fais du vélo. Je mange une saucisse et je me fais des rasades de Weinbrand (du Cognac, ndlr).

Et une nuit type ?

Je dors avec un slip en laine tricoté par une religieuse de 25 ans.

Porteras-tu toujours le nom de « Jackson and his computer band » ou un autre personnage est en gestation?

Peut-être Jackson & his wool underwear.


Après avoir été encensé, et décrit comme le « great hope of dance music » par le très respectable magazine The Wire, la pression n'est-elle pas trop forte ?

La pression est nécessaire mais je pense qu'elle vient de la vie, pas des magazines. Sans pression, je ne ferais pas de disques, je chanterais des reprises de Led Zep dans la fôret .


Tu as remixé Justice, en réalisant un « megamix » de leur album, que penses-tu de leur succès et de leur dernier clip ?

J'adore le clip. Je reste convaincu que les chocs émotionnels font avancer les esprits. Personnellement je le trouve surtout drôle puisqu'exagéré et faussement vrai, surtout quand ils cassent les congas au Trocadero. Sinon j'aime leur disque, leur concept et leurs blousons en cuir.


Tu as également remixé Femi Kuti, Air, Vanessa Paradis. De quel remix es tu le plus fier ?

Celui pour Enrico Macias

C'est quoi la chose la plus embarrassante qui t'es arrivée pendant un set ?

La première fois que j'y ai joué pour une soirée de Luciano, les mecs du club m'ont virés au bout de 30 minutes... Je mettais de la musique de jeux vidéos et du rock... Je savais pas que ce club était un temple de musique qui se répète pendant 3 jours.


En 2006, tu vendais l’un de tes morceaux à une grosse compagnie de téléphone et demandais sur ton blog myspace aux fans ce qu’ils en pensaient. Quelles sont aujourd'hui tes limites en matière d'éthique ? Qu’accepterais-tu, et que tu refuserais-tu ? Tu jouerais à la Unighted des Guetta par exemple ?

Je pense que c'est plus intéressant de vivre ces propres problèmes d'éthique que de se la raconter avec des postures pseudo militante en étant anti David Guetta par exemple. D’ailleurs oui, j'irai jouer à sa soirée avec plaisir. On parle bien de musique là. Après le jour où un parti politique te demande de leur faire un morceau c'est une autre histoire. Et le jour où on vivra sous un régime totalitaire, il faudra réfléchir à des actions plus fortes que de refuser son morceau sur une pub. J’ai posté cette question sur mon blog pour mesurer la réaction des gens, jusqu'où effectivement ils refusaient le monde de la pub... Et oui ca m’a déçu que quasi tout le monde s'en foute.


Qu'écoutes-tu en ce moment ?

Une compilation de Nat King Cole, “Magic Fly” de Space, “I need a freak” d’Egyptian Lover.

A quoi aspires-tu aujourd'hui ? A quel projet musical rêves-tu ?

J'aimerai être celui qui a inventé le smiley. Je rêve de mon projet musical toutes les nuits.


www.myspace.com/jacksonand

Edges compilation - Bio écrite pour Because en 2009

Edges

La bande-son d'une nouvelle génération électronique française


1997, Daft Punk sort son premier album, Homework, et révolutionne l'électronique mondiale. Un ordre nouveau s'établit par ce disque fondateur. Avant l'arrivée de la techno tonitruante de ce duo français, aucun artiste français pays n'avait eu de succès critique à l'Etranger. Avec Cassius, Air, Mr Oizo, une nouvelle génération électronique aux idées larges (ne renonçant jamais à une pointe de funk, de pop ou de disco), les hymnes dancefloor des petits frenchy s'arrachent autour du monde en alliant puissance dancefloor et exigence de qualité. Avec la French Touch, c'est toute une famille d'enfants du rock et d'ailleurs qui découvrent les joies d'une musique qui se danse, sans barrières ni oeillères.


Dix ans après, c'est deux Parisiens qui refont le coup de la dance pour tous. 2007, Justice sort Cross, disque crossover et fédérateur qui réunit sur la piste de danse clubbeurs fans d'électro et jeunes rockers en jean slim. Une musique hybride symbolisant une génération, appelée à juste titre la french touch 2.0, et gravitant autour du label Ed Banger.

Mais ils ne sont pas seuls. Depuis deux ans, d'autres jeunes producteurs amateurs de brouillages de pistes sonores préparent dans l'ombre d'autres révolutions électroniques. Qui sont-ils, et à quoi ressemble la musique d'aujourd'hui ? C'est ce que le projet Dum-Edges, tente de révéler, à travers une compilation mais aussi une tournée où se retrouveront trois des artistes les plus prometteurs de cette scène. Parmi ces grands espoirs 2009, il y aura le barbu christique Breakbot, à qui l'on doit d'excellents remixes pour Metronomy et Sébastien Tellier, le duo parisien club Gentlemen Drivers qui n'a pas son pareil pour mettre le feu sur le dancefloor et le lyonnais Nil Hartman, dont l'électro atypique n'hésite pas à flirter avec l'expérimental.


Ce trio représente à merveille l'effervescence musicale d'une scène musicale ultra inventive du moment. A l'ère des blogs et de l'accès facile à l'histoire entière de la musique, ils font partie de ces producteurs français de musique électronique qui explorent encore des voies demeurées inédites et des ponts entre les genres jamais dressés. En 16 titres, tous inédits (ou rares), Dum-Edges offre un panorama, plus qualitatif et défricheur qu'exhaustif de cette scène éclectique, décomplexée et extrêmement active. Que ce soit l'électro-pop 80's et romantique du Nantais Anoraak, la house vrillée, mentale et destructurée du duo parisien Discodeine, ou l'univers cosmique et rétro-futuriste de Chateau Marmont, tous ont retenu les leçons de la première french touch : l’ouverture musicale, l'hédonisme et la volonté de ne pas répéter des recettes déjà existantes. Voilà au final l'instantané d'une « famille » de producteurs qui a décidé de ne pas choisir entre ambiance dark et hymnes fluo, puissance dancefloor et écoute maison, références underground et mainstream. Bref, voici la bande-son d'une époque, la nôtre...


Sortie cd & Digitale le 1er juin 2009

Tournée"DUM-AGES" dans 4 villes françaises

Le 4.06 à Paris

le 5.06 à Marseille

le 12.06 à Lille

le 13.06 à Lyon








Dum-Edges

track by track


Breakbot – Penelope Pitstop

Attention, sous ses airs de Jésus, ce type est un messie. Pas loin d’être le meilleur remixeur au monde du moment (Metronomy, Pnau, Sebastien Tellier), Breakbot sera l'un des grands de l'électro de 2009. On pense à la première french touch, Justice et Vladimir Cosma, sur ce track. C'est bon signe...


Donovan - Wonderland

On ne sait pas où se trouve exactement ce « wonderland », mais il fait bon s'y attarder un peu. Le duo Donovan fait des chansons pour les jeunes filles en fleur, de la dance pour garçons sensibles, un peu comme si les Daft Punk embauchaient Chromeo et un Kanye West particulièrement bien luné pour faire une petite balade au pays de la disco pop ensoleillée. Gros potentiel « roulage de pelles » sur la piste de danse.


Dilemn - Modern Slave

La jeunesse parle à la jeunesse. Messe noire et chaos ténébreux, dont le style haché rappelle un certain Oizo, ce « modern slave » de Dilemn ne laisse pas le choix à l'auditeur : devenir esclave de beat syncopé ultra groovy et vraiment très méchant.


Mondkopf - Chaos Is Mine

Un titre pour croire en Dieu, avec des chants célestes un peu gothiques et des ryhtmes sombres et détraqués qui avancent lentement vers la lumière. Le chaos n'est qu'une illusion...le salut t'attend en after sur le dancefloor moite!


Discodeine_Invert_Parceque

Ok pour le disco, mais danse sa version obscure alors, plus codéine que MDMA quoi. Et dans le genre « dark disco », ce track est une vraie drogue, ça s'insinue par tous les pores pour se loger dans le cerveau avant de redescendre dans les jambes, qui deviennent indépendantes du reste du corps. Pas étonnant, c'est les deux sorciers Benjamin Morando (ancien Octet) et Pilooski (le roi de l'edit) les fournisseurs.


Rove Dogs - Home rage slomo (innocence lost)

Rove Dogs est grand et beau, mais heureusement il n'y a pas que le physique dans la vie. Ce morceau prend l'auditeur par l'épaule et l'amène loin. Et pas besoin d'aimer la minimale pour se laisser avoir par cette ritournelle faussement « downtempo » et vraiment pop dans l'âme.


Digitick 84 - Bboy underground

Vous vous souvenez de la première fois que vous avez entendu le « Blue Monday » de New Order? Il y a quelque chose de l'ordre de la même évidence dans les synthés, vocaux et gimmicks (en plus ghettotech) de ce « Bboy Underground » qui devrait pas le rester longtemps, underground.


Djedjotronic - James

L'époque est brutale, et le clubber n'aime pas s'ennuyer. C'est le moment de la compil où on monte le son, et on mouille la chemise. Le gars est signé chez Boys Noize Records, et il n'a rien à envier à l'efficacité dancefloor indiscutable de son boss. Ah oui, Busy P l'aime beaucoup. Et Busy a souvent raison.


Chateau Marmont - Solar Apex

Moroder? Kraftwerk ? Tellier? « Solar Apex » c'est pas la vie de château, mais plutôt « life on Mars ». Un aller-simple vers une autre galaxie, pas très loin du soleil, dans un autre espace temps, dont on ne revient pas tout à fait indemne.


Anoraak - Make it Better

A Nantes, une poignée d'aventuriers réinventent la pop romantique des années 80. Anoraak, l'un des plus flamboyants représentants de cette scène «électro cosmique rétro futurtiste » très « endless summer » nous sert ici un vrai tube. Des synthés vintage aériens, une voix mélancolique, un groove quasi italo disco : « Make It Better », on peut pas faire mieux!


Gentlemen Drivers – Nationale 66

En général les deux Gentlemen Drivers (Mica et Benoît) conduisent des gros calibre qui vous transportent direct sur la route de l'enfer (le péril club) quelque part entre Detroit et Chicago. Ici ils prennent des risquent en empruntant une « Nationale 66 » plus italo disco et poppy que dirty-ghetto-tech. Et là encore, y a des chevaux sous le capot!


Stereoheroes - Lamborghini Lungs (Spoek & CV)

Marseille, cité des chaînes en or qui brillent et des tongs, ok, on sait. Mais depuis les Stereoheroes, c'est complètement le Bronx dans le Sud. Ici, les Lamborghini bougent toutes seules comme dans les clips de r'n'b et le flow ne sonnerait pas honteux sur une instru de Crookers. Haut niveau!


Danger – 88:88 : Stage 3

Attention, gros tube! Le lyonnais Danger aime quand ça déménage et qu'il reste des séquelles. Il le démontre avec maestria sur cette prod toxique, massive et entêtante qui réveillerait un dancefloor mort.


Spitzer - Odessa Spring version

Petite pause électronica de bon aloi. Une jolie respiration pour reposer les pieds. Mais pour combien de temps?


Nil Hartman - La datafunk

C'est beau, mélodique, pur, humain, amusant et puissant. La « datafunk », c'est un peu un nouveau « Da Funk » : ça devrait mettre tout le monde d'accord, du petit cousin fan de Boards Of Canada à la grande sœur qui veut aller danser pour tout oublier.


SPA - Piano magic

Une chanson pour réconcilier les hommes et les animaux. Spa se dit inspiré « initialement par les comportements animaliers, notre musique est à la fois calme, joyeuse, violente et dark... une versatilité qu'on peut attendre d'un animal faisant de la musique ». Une bonne façon de terminer une compilation, revenir à ses instincts primaires et danser comme des bêtes. Penser aux voisins : n'oublier pas de mettre le son à fond.




Second Sex - Petite Mort (bio du groupe écrite pour Because en 2008)

Enfin, les plus belles boots et les plus beaux riffs de toute la jeune scène rock parisienne sortent leur premier album. Et la meilleure nouvelle, c'est que les Second Sex, arrivés à leur majorité, ont aujourd'hui dépassé le rock garage binaire de leurs débuts en décembre 2004 pour voir plus loin et plus grand.
Petit rappel, à l'époque, décembre 2004 donc, les quatre jeunes garçons, Arthur (guitare), Vince (basse), Tim (chant/guitare) et Sacha (batterie) qui se connaissent depuis l'école et les stages de foot, se réunissent autour d'un amour commun pour le premier White Stripes, le « Is This It ? » de The Strokes et les groupes rock, soul, blues, funk et punk des années 60 et 70.
Ils optent vite pour un patronyme aussi sex que leurs premières mélodies, Second Sex, une référence à Simone De Beauvoir, très féministe. « Et si c'était nous, le deuxième sexe ? Notre nom est un hommage à toutes les stars androgynes : Iggy Pop, Mick Jagger, New York Dolls, Lou Reed... », disent-ils alors. Après ça, le déluge. Des concerts en rafale, deux singles plus que remarqués, l'emballement médiatique, l'engouement myspace, une première partie de Muse à Monaco devant 20 000 personnes, celle des Babyshambles à l'Olympia et des Wampas au Zénith.
Jusqu'à ce premier album et ses faits impressionnants. Une pochette dessinée par Guy Pellaert (auteur du cultissime « Rock Dreams »), et surtout, une production assurée par Pelle Gunnerfeldt, le producteur des Hives avec qui ils ont travaillé en Suède (Stockholm) pendant plusieurs semaines. « Travaillé » c'est bien le mot. Car il est loin le temps où les Second Sex pouvaient être étiquetés « rejetons de la scène parisienne des bébés rockeurs encensée par la hype, au même rang que les Naast ou les Plasticines ».
C'est que, sage, le groupe aura pris son temps pour arriver au rock dont ils rêvaient et dépassé le stade où ils chantaient : « Je suis une tortue ninja », tout en préservant la hargne d'antan. Résultat ? Un album puissant qui mêle le garage des débuts, le stoner rock et la power pop surpuissante. Des chansons couillues, qui sentent le cuir gras, les grosses motos et les filles en sueur, parlent de fétichisme, de diable et de « perdre le contrôle ». Chose que musicalement, les Second Sex ne font jamais, perdre le contrôle. Assénant avec une classe folle une ribambelle de tubes évidents et de classiques instantanés qui sonnent à la fois rétro -dans l'esprit- et ultra modernes -dans la production-, ils n'oublient pourtant jamais de laisser transpirer l'énergie punk saignante de leurs concerts et la colère primaire des rages adolescentes.
Dans Second Sex, il y a « sexe », et Petite Mort signifie aussi orgasme, ce qui à n'en point douter, n'est pas titre à avoir été choisi au hasard.

mardi 17 mars 2009

Bashung à l'Elysée

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Texte par Violaine Schütz publié dans le HOWL de janvier 2009

Elysée Monmartre – Le 26 octobre 2008

compte rendu de concert/ Bashung

Avec Daniel Darc et Christophe, Bashung reste l'un des rares survivants de la chanson française à nous émouvoir encore comme il y a dix ans. Il en donnait une nouvelle fois la preuve, le 26 octobre dernier devant un Elysée Montmartre aussi comble que comblé.

Chapeau, lunettes noires et pardessus à la Bogart, Bashung entre sur scène, impressionnant d'allure et d'aura en prévenant tout de suite le spectateur de ce qu'il attend. « Vous connaissez quelques unes des chansons que je vais chanter, d'autres non, je vous souhaite un bon voyage ». Un voyage, c'est en effet de quoi il retourne ce soir à l'Elysée Monmartre. Pendant plus d'une heure et demie, Alain Bashung alternera au milieu d'un jeu de lumière somptueux (on pense souvent à certaines scènes de Twin Peaks) morceaux récents (dont beaucoup sont tirés de Bleu Pétrole, son dernier album en date) et les tubes pour lesquels le spectacle affiche complet depuis quelques mois. La grosse surprise étant que notre hôte ne fait pas cavalier seul. Ses compagnons d'infortune et de fêlures n'ont rien d'un escadron de requins de studio un peu lourdaud mais manie la guitare, la basse et le violoncelle avec la légèreté d'un Calexico mêlée à la finesse d'un Tindersticks. Nous voilà donc très vite transporté par la magie d'une voix aussi torturée que limpide et d'une musique onirique vers un terrain très lointain qui file le vague à l'âme et la chair de poule (celle des frissons et des picotements dans le bas ventre). Les escales les plus flamboyantes demeurent celles qui nous amènent vers le passé. L'impeccable « La nuit je mens » est le premier moment d'émotion pure qui s'offre à nous avant que l'homme en noir nous régale d'une reprise très classe d' « Everybody’s talkin’ » d'Harry Nilsson, et d'une version sautillante d' « Osez Joséphine » dont l’intro est remplacée par le « Blowin’ in the wind » de Dylan. Mais le meilleur reste à venir. Quand la fin arrive, « Madame Rêve » épingle le public au ciel et le magnifique « Vertige de L'Amour » donne le tourni à ce qu'il nous reste d'esprit. On dit merci.


dimanche 15 mars 2009

Una notte bianca, nel 1977 avec JC/DC


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texte paru dans le TSUGI n°9
par Violaine Schütz

Una notte bianca, nel 1977 avec Jean-Charles de Castelbajac

Créateur pop post-moderne, déjanté et plein d’humour, connu pour ses détournements de toiles de jutes en robes citationnelles, Jean-Charles de Castelbajac, est aussi un fan de musiques électroniques acéré, ami du leader de Kraftwerk à ses débuts qui projette aujourd’hui de faire jouer Crystal Castles à son prochain défilé. Moment rare : le plus anarchiste des aristocrates nous entraine avec lui dans une nuit-voyage digne d’un épisode d’Indiana Jones dans le temple maudit d’une l’Italie hantée.

C’était en 1977 ou 78, en Italie, pendant les années de plomb, ce moment de l’histoire où il y a eu énormément d’attentats terroristes et où régnait un étonnant paradoxe entre la dolce vita italienne et quelque chose de dramatique lié à la présence du fascisme. J’ai une vingtaine d’années, c’est un samedi soir d’été, en fin de soirée. Un ami cher, Achille, me propose de le suivre dans sa vieille décapotable Corniche vers une propriété perchée sur les collines de Reggio d'Émilie, qui ressemble qui a tout de la demeure de Nosferatu.

22h30 : Achille frappe à la porte, et on se retrouve dans un immense couloir d’une hauteur de 11 m sous plafond, avec un sublime tapis d’orient au sol, et une voute faite de chaque côté de 25 têtes de girafes empaillées, et d’orangs outans naturalisés : que des animaux que j’aime sacrifiés pour le seul plaisir de tuer. Les girafes, très féminines, me regardent chacune dans les yeux, avec la même tristesse dans le regard que la mère de Bambi au crépuscule de sa vie. Au fond du couloir, trône une énorme tête de lion sous laquelle se trouve une double porte cloutée à battant. Un maitre d’hôtel ouvre la porte. Et là, on découvre une autre pièce-temple contenant des tableaux très sombres d’ancêtres, presque que des hommes dans une atmosphère étrange avec un éclairage aux chandeliers et une table mise de 12 m de long au milieu. On s’installe avec Achille dans des fauteuils renaissance italienne.

23h : Il est assez tard pour diner lorsqu’arrive une femme au très long cou, comme on peut seulement en voir sur les princesses romaines photographiées par Richard Avedon, et qui
ressemble aux girafes de l’entrée. Par une autre porte, sort un homme rougeaud, avec moins d’allure, qui s’installe à l’autre bout de la table. Le couple très mal assorti ne s’adresse la parole que par petit mot écrit et transmis à un maitre de maison qui le pose sur un petit plateau d’argent.

00h30 Dans une situation à faire pâlir de désir Salvador Dali, et dont la drôle d’ambiance aurait fortement excité Marcel Duchamp, le premier plat arrive. La maitresse des lieux, dont j’apprendrais plus tard l’identité- il s’agissait d’une véritable princesse romaine devenue comtesse par son mariage avec un riche notable toscan-, est entourée d’une dizaine de chihuahuas comme il en existe que quelque uns dans le monde. Le diner se passe et la conversation trépasse. Dans cette cathédrale du silence, le velours est proche des prémisses d’eyes wide shut, mais il ne se passe rien. Je demande en partant à Achille, si ces gens ne sont pas un peu bizarres. Il me répond que le couple a simplement choisi de régler un contentieux entre tous les deux par un silence à vie.

01h30 Achille me parle d’une fête chez un ami, dans les collines de l’Emilie. On monte dans sa Rolls corniche, dont la teinte change selon les jours (il prend la noire le lundi, jour de deuil) et on arrive devant une villa bunker avec un ciment à la Rambo, qui reflète la lune. A l’intérieur la fête est assez figée avec que des jeunes gens de familles à l’allure romantique et romanesque, tous semblables aux mannequins de Kraftwerk. Une quinzaine d’entre eux regardent vers un petit jardin. Et là je demande à Achille : « toi qui est un grand amateur de beauté féminine, peux tu me dire où sont les femmes ? »
Il me répond : « Elles ne sortent pas après minuit ». Je suis un peu déçu.

3h30 A travers les baies vitrées, vers lesquelles les jeunes garçons lorgnent, j’aperçois une fille qui ressemble au printemps de boticelli, poursuivie par un ours. Je ne comprends pas pourquoi les clones de Gary Numan assistent à cette tragédie en rigolant. En colère, j’en bouscule un, je saute dans le jardin, je cours après l’ours, le terrasse, sa tête roule et boule et je découvre qu’une femme se cachait sous la peau de l’ours. A ce moment là, des projecteurs se braquent sur les différentes terrasses hypra modernes de la villa, et des sonorités électroniques qui remontent à l’archéologie du genre, dans la veine d’OMD, Human League et Throbbing Gristle envahissent l’espace. Il s’agit en fait des premières notes de « warm leatherette » de the normal, convié pour orchestrer live cette messe apocalyptique.

4h30 je dois travailler le lendemain matin, dessiner une collection pour la marque Sportmax pour laquelle je travaille alors, mais Achille me prend à part et me dit, pars pas, je veux te montrer quelque chose. Il m’emmène dans une pièce où se trouve un tableau en dyptique, montrant d’un côté, le dos d’une femme grandeur nature constellé de grains de beauté, et de l’autre une nuit étoilée où les taches de la fille sont transfigurées en ciel. Il s’agit du tableau « physionomie céleste » de Claudio Parmiggiani (célèbre peintre italien des années 60, ndr).

6h00 Achille me dit qu’il veut m’offrir ce tableau.

6h30 Après un tour en Rolls, on se retrouve à la terrasse d’un café, nous sommes seuls, Achille me récite du Lautréamont, en français dans le texte, la séquence du requin des chants de Lautréamont. Je commande un double expresso et un verre de Sambuca. Je bois la liqueur dans le café, après avoir fait flamber 3 grains de café. Le jour se lève sur l’Italie plombée par les années de plomb.

www.jc-de-castelbajac.com/

Une nuit avec Sebastien Tellier

http://www.cluas.com/indie-music/Portals/0/Blog/Files/5/436/tellier.jpg
Article paru dans le TSUGI n°6
Texte de Violaine Schütz

Une nuit rêvée avec Sébastien Tellier


Comme le grand Christophe (dont il est fan), le latin lover aux costards blancs Sebastien Tellier vit surtout la nuit. C’est pendant ces heures sombres qu’il compose, joue à la Playstation ou file au Baron. Sur son nouvel album, Sexuality, il imagine une nuit érotique du début à la fin ; Et pour Tsugi, c’est une soirée légère et avinée dans un pseudo-Cannes qu’il fantasme. « La nuit pour moi c’est lié au rêve et à l’enivrement », avoue-t-il


18h00 : Je suis dans une belle villa à 500 mètres de la mer dans les hauteurs d’une ville qui ressemble à Cannes, mais qui n’est pas Cannes. Je bois un bon vin blanc glacé, et j’écoute Robert Wyatt. C’est vraiment parfait Robert pour l’apéritif car ça plonge dans l’obscurité.

19h : Il faudrait que ma fiancée rentre de ses affaires, qu’elle ait un travail. Qu’elle ne soit pas chômeuse donc, non je plaisante. (Dans la vraie vie, la petite amie de Sébastien, Amandine de la Richardière est une jeune actrice à forte poitrine de 26 ans qui n’a pas beaucoup tourné mais a prêté sa voix au disque de Tellier. Ce sont ses orgasmes qu’on entend tout au long de Sexuality, ndr). Non, je voulais dire que dans ma nuit préférée, ma copine rentre d’un travail qui l’a intéressée et a plein de choses à me raconter sur cette activité.

21h : Deuxième apéritif. Les disques à écouter pour le deuxième apéro parfait, c’est Diana Ross, Marvin Gaye, Stevie Wonder, les Beach Boys.

22h30 : Il est l’heure que les taxis viennent nous chercher pour nous amener au restaurant. Des amis nous rejoignent, mes meilleurs potes, des gens que je respecte dans l’art, d’autres qui ont des choses absurdes à dire. Là, on boit un maximum. Et surtout on réfléchit à ce qu’on va manger. On fait des concours de qui prendra le plus de trucs. « Entrée-plat-dessert », qui fait mieux ?

23h30 : Arrivée au restau, troisième apéritif, puis on s’empiffre. Moi, j’aime bien quand c’est la fiesta sur la table et qu’il y a plein de trucs partout. Le couscous c’est agréable, les tapas aussi. Faut que ce soit des plats festifs, qu’on s’amuse en les mangeant. Après, moi j’apprécie quand il y a des embrouilles pendant le repas. Un tel qui a trompé machin et que ça se sait. Si des copains peuvent se mettre sur la gueule, c’est dommage pour eux, mais ça fait toujours des petites activités sympas. J’adore aussi admirer les gens et cracher sur les gens : « lui, il est formidable », « oh, lui, quelle merde ! ». Les discussions stériles et les soirées superficielles avec des gens intéressants, ça c’est bien.

02h00 : Lentement mais surement on se retrouve chez un pote. Là, on boit plus un digestif- du Cognac- pendant que les filles se re-préparent un peu, avant de repartir. J’aime bien les déplacements, c’est là où je me marre le plus. A l’arrière d’une bagnole, quand on écoute de la musique à fond en racontant n’importe quoi, c’est un moment merveilleux.

03h00 : On sort dans une boite de nuit qui se trouve face à la mer. Je regarde les autres danser, je profite de la musique pendant que des mecs me racontent les derniers potins. J’ai essayé de bien m’habiller pour sortir. J’essaie d’être toujours présentable et de créer un certain style. Je peux garder mes lunettes de soleil dans le club.

Fin de la nuit : Un bon brunch avec un gros cheese-bacon, dans un endroit comme le restau américain Joe Allen à Etienne Marcel. Pas un McDo, non ! Des vraies frites et un vrai burger. Après seulement j’envisage la possibilité du sommeil.


Sexuality (Record Makers/Discograph)