mardi 2 novembre 2010
vendredi 22 octobre 2010
jeudi 23 septembre 2010
jeudi 29 juillet 2010
Lonelady Interview - Paru dans le magazine TSUGI de mars 2010
Lonelady
La dame noire
Texte : Violaine Schütz
Les cheveux de La Roux, le franc parler du Gossip et la noirceur galvanisante de The Horrors, Julie Campbell alias Lonelady a tout de la « next big thing ». Mais la Mancunienne signée chez Warp ne jure que par The Fall, Wire et le côté sombre de la force. Rencontre avec une cavalière solitaire.
Tu es une femme qui fait du rock sur un label où on trouve en majorité des hommes et de l'électronique, comment vis-tu ta signature chez Warp?
Ça doit être mon côté « seule contre tous », « lonelady » (rires). J'ai choisi ce pseudo pour signaler l'idée de chasseur solitaire mais aussi pour l'idée du masque. Si je m'étais appelée Julie Campbell, tout de suite ça faisait chanteuse qui se prend au sérieux. Lonelady, c'est quand plus soft, et mystérieux.
Tu es chanteuse et guitariste, as-tu toujours voulu être musicienne ou du moins artiste ?
Enfant, j'étais persuadée que je ferai quelque d'artistique plus tard parce que je passais des heures à dessiner dans mon coin et que tout le monde trouvait ça un peu bizarre. J'ai choisi des études d'art à l'université que j'ai fait durer le plus longtemps possible pour ne pas avoir à me confronter au monde réel. J'étais bien contente d'avoir ce prétexte pour pouvoir continuer à apprendre des choses et à être créative sans qu'on me tombe dessus. Je jouais dans un groupe et organisais en même temps des expositions de mes dessins, peintures, sculptures. Et j'écrivais des poèmes dont certains publiés dans des revues d'art obscures dont une montée avec mon frère, et assez peu rentable. Tous les boulots que j'ai eu comme rentrer des données sur informatiques sur un ordi m'ont rendu dingue. Je n'ai jamais réussi à avoir un job à plein temps...
Et pourquoi avoir choisi la musique alors au final, et pas les arts plastiques ou la poésie ?
Écrire des poèmes et des paroles, c'est la même chose : tenter de traduire de l'intimité confuse en quelque chose de plus abstrait, d'un minimum universel et de pas trop cru. Pour la musique, en fait, je me suis retrouvée à un moment, en 2005, avec une boite à rythme et une guitare seule chez moi, avec pas grand chose à faire. J'avais un quatre pistes et j'ai pu faire des enregistrements très vite. Avec mes maquettes diy assez cheap, j'ai démarché les magasins de disques et les bars pour y jouer. Je ne pouvais pas faire de concert en dehors de Manchester car j'avais ni permis de conduire. Il me semble même avoir passé, désœuvrée, une petite annonce sur myspace à ce moment là pour trouver un chauffeur (rires).
Tu as grandi à Manchester, à quel point ça a influencé ton premier album, Nerve Up?
Je suis née là bas, j' y ai toujours vécu, et je compte pas me casser d'ici de si tôt. L'histoire musicale très riche de Manchester est omniprésente, mais en filigrane. Les Mancuniens ne sont pas dans la commémoration visible. La ville a beaucoup changé, tout a presque été détruit de cette période. Je ne voulais pas enregistrer l'album dans un studio normal et j'ai cherché partout un immeuble où je pourrais me reconnecter avec cette atmosphère passée. J'ai finalement trouvé une sorte de bunker, un moulin vide près d'un canal. J'y ai enregistré le disque seul, pendant 21 jours, avec quelques visites de Guy Fixsen, qui a produit l'album (et aussi les Breeders, Stereolab, My Bloody Valentine, ndr). J'y ai construit un studio complètement isolé de mes mains, dans lequel j'enregistrais dans le noir et le froid pour arriver précisément au son que je voulais.
C'est quoi la grosse différence entre Manchester et Londres?
Si j'avais vécu à Londres, je n'aurais rien enregistré. L'industrie londonienne est une machine écrasante où les médias et l'aspect financier règnent en maitres. Tu es obligée de penser à la réception d'un morceau, à son audience potentielle et à comment tu te situes dans la scène actuelle au moment même où tu l'écris, à Londres, ce qui perturbe la donne dès le départ.
Et que penses tu de la musique anglaise d'aujourd'hui?
Tous les groupes se ressemblent. Il y a quelques années, tous voulaient être les nouveaux Joy Division, puis les Libertines, et ensuite les Arctic Monkeys. Les labels veulent signer des émules des derniers groupes qui marchent pour diminuer les risques et vendre tout un idéal de vie autour d'eux. Je lis pas le NME parce que ça me déprime. Au départ on fait de la musique parce qu'on se sent différent et au final on tombe dans l'uniformisation.
Ton album reflète des influences très 80's, pourquoi es-tu si attachée à cette période?
J'aime l'anxiété « nerf à vif » contenue dans cette période musicale de la fin des 70's et du début des 80's. Les sons de guitares nerveux du post-punk, la brutalité de Pil, The Fall, Gang Of Four et Wire (dont Julie a depuis assuré les premières parties anglaises en 2008, ndr), les premiers REM, A Certain Ratio, Joy Division, Pylon. Ces groupes avaient de l'énergie dans leur désespoir, du panache, de la flamboyance. Ce n'était pas de la musique « facile ». Mais il m'arrive aussi d'écouter Judy Garland (rires).
Qu'attends-tu exactement de la publication de ce premier album?
Je ne cherche pas à devenir quelqu'un ou la nouvelle Lady Gaga (de toute façon j'ai pas le look de l'emploi). Cet album n'est qu'un documentaire de quelques années de vie, mais qu'il entre chez quelqu'un qui l'achète (parce que sans être contre la technologie, il y a plus bandant que télécharger une chanson) et fasse partie de ça vie, rien que ça, ce serait déjà pas mal.
Nerve Up (Warp)
samedi 13 mars 2010
Brazilian Girls - Article publié dans Trax en février 2007
Non, les Brazilian Girls ne sont pas un troupeau de naïades échoué sur une plage de Sao Paulo. Mais ça n’empêche pas le quatuor new-yorkais de dub cool d’être sacrément sexy et culotté.
Heure très tardive dans un petit club londonien. Les Brazilian Girls montent sur scène. Leur chanteuse, presque nue, mais recouverte d’un voile lui masquant le visage se dessine au rouge à lèvres une bouche et des yeux sur le tissu …Une image troublante, qui accentuée par une lounge music polyglotte à la sensualité toute latine, ensorcèle et interpelle la horde d’ Anglais déjà bien alcoolisés. Bossa nova d’un autre millénaire ? Electro-salsa-funk ? Samba-dub-punk? Le premier album éponyme des Brazilian Girls, sorti en février 2005 avait déjà éveillé les questions de style et brouiller nos pistes auditives. Mélanges savoureux de dance tropicale et de pop plus occidentale, les rythmes chaloupés et plein d’humour des Brazilian Girls draguaient de façon putassière mais séduisaient sans difficulté.
Le deuxième album, Talk To La Bomb, enregistré dans le studio d’Hendrix (l’Electric Lady à New York) affine le propos. Moins house que son prédécesseur, Sabina Sciubba, la chanteuse du quatuor, le définit comme une bombe « melting pop » et « emo electro ». « Emo c’est pour « émotionnel ». » Et en la rencontrant, on n’est pas au bout de ses émotions… La cynique perverse Formé en 2003 à New York, les Brazilian Girls se sont rencontrés au Nublu, un « tout petit club de l’East Village. Le propriétaire est moitié suédois-moitié turque et il a épousé une Brésilienne. Son lieu est un endroit très spécial et cosmopolite : on y trouve des vieux poètes de la beat generation, des mannequins droguées (pléonasme ?), des branchés, des DJ’s, des peintres, bref des artistes de tous les âges ayant pour seul point commun l’envie de s’évader et de recréer quelque chose d’amusant et d’innovant ». Comme les Brazilian Girls qui avant de jammer ensemble, écumaient chacun des milieux très différents. « Jesse, le bassiste, jouait dans un groupe de punk. Aaron, le batteur, officiait avec des musiciens argentins venant du tango. Le claviériste, est natif de Buenos Aires et c’est un fan de jazz. On a ensuite tout mélanger de manière très démocratique. » Mais Sabina donne seule ses interviews. Sans doute parce que c’est la créature la plus stupéfiante du groupe. Née à Rome, elle a parcouru le monde, chanté à l’âge de 13 ans dans une formation jazz, vécu à Nice avec sa mère peintre. Du coup, elle chante en cinq langues et répond à nos questions dans un parfait français. « J’ai vécu un peu partout, notamment à Munich, où je faisais l’actrice à la télé. J’ai aussi joué dans un film d’Amos Kollek récemment. Je ne m’enflamme pas trop parce que je n’ai vu aucune image et que je redoute le résultat. Je jouais une chanteuse d’origine allemande et arabe à l’opposé de l’héroïne, une jeune chanteuse innocente arrivant d’Israël et qui manque de mourir à cause de la cocaïne que je lui donne. Dans ce film, je suis la cynique droguée et perverse, toujours en train de fumer de l’herbe.
On se demande pourquoi ?» Des chattes et de l’herbe C’est que le groupe a toujours eu à dealer avec cette image un peu « fumeuse ». Le refrain du tube qui les a rendus célèbre disait à peu près ceci : « Pussy, pussy, marijuana ». « Pour beaucoup, nous sommes le groupe qui a chanté « Pussy marijuana » ! On nous passe tout le temps des joints sur scène. Parfois, j’ai presque envie que la police s’en mêle. Ca me forcerait à retourner en Europe ! Je plaisante. Mais aux Etats-Unis, ce titre n’a pas la même valeur qu’ailleurs. « Pussy » ne peut pas passer à la radio, ni à la tv là-bas; Pourtant, il ne parle pas de sexe mais de censure et d’hypocrisie, il s’agit juste de provoc’. Pour moi tout est permis. Tout le monde a besoin de drogue. Les gens qui n’en prennent pas sont nymphomanes ou se goinfrent de chocolat. Chacun a ses vices !» Sue Ellen à poil Surnommée « Sue Ellen » par des tourneurs, Sabina s’est dernièrement pourtant un peu calmer. « Quand tu tournes, c’est important de se créer un espace de calme et de ne pas trop faire la fête. J’ai tellement tiré sur la corde la première année, que j’en suis sortie épuisée. Les mecs continuent eux : peu de sommeil, beaucoup d’alcool, ils ne vont pas faire de vieux os, c’est sûr ! (rires) Parfois c’est dur de voyager avec sept mecs sur un bus ! J’ai envie de parler de Tampax et d’avoir des amies ! » Mais quelques verres plus tard, Sabina se laisse aller : « J’ai grandi avec un grand manque de tabous. Chez moi, à Rome, on pouvait parler de tout. Les Italiens emploient tous les trois mots celui de « chatte ». C’est pour ça que j’aime vivre aux Etats-Unis, pour ridiculiser les gens prudes, qui en oppressant, engendrent la perversion. Récemment, j’étais à Porto Rico sur une plage, nue, car j’avais oublié mon bikini. C’était désert à part un vieux couple d’américains scandalisés dont la femme a écrit dans le sable « no nudes » alors que je me baignais. Quand je suis sortie, elle a commencé à m’insulter : « Les gens ici… » La plage était totalement vide. C’était quoi son problème ? Elle n’a pas aimé la manière dont son mari me regardait ou bien ? » C’est ça le problème avec les bombes…toujours prêtres à exploser !
Talk To La Bomb (Verve Forecast) www.braziliangirls.info www.myspace.com/braziliangirls
vendredi 26 février 2010
Edito de Kultorama - printemps-été 2010 - thème "The Escape"
Ça a commencé sournoisement. Il y a quelques mois de cela. Un premier pote annonce qu'il quitte son super job dans une super boîte avec de super responsabilités (et un super stress) pour faire de la sophrologie. Une amie lui emboite le pas : Ancienne programmatrice d'un gros club, elle veut se consacrer au tricot pour animaux et faire des massages à domicile, une autre connaissance démissionne d'une grosse agence de pub pour faire du folk de barbu. Quand c'est pas un ami d'ami qui arrête la musique pour faire du fromage bio dans un bled près des Pyrénées. Moi même, sur les conseils d'un ami DJ je me renseigne pour faire une retraite de quelques jours dans une abbaye. Comment en est on arrivé là ? Trop de raclettes entre amis annulés, trop de piles de livres fabuleux en retard, de disques (mp3) qui s'entassent dans le disque dur, de trajets en métro pénibles à se regarder en chien de faïence, de mauvaises blagues de bureau entendues à la machine à café. Et c'est pas prêt de s'arranger...le lip dup de l'UMP, la crise généralisée, le taux de chômage (et surtout les employés du Pole Emploi), les photos de traders rougeauds, autant de plaies qui n'inspirent qu'une chose : la fuite.
Il y a quelques jours justement ma mère (marseillaise) me parle d'un certain Henry Quinson, devenu le nouveau héros local depuis la publication de son autobiographie au titre évocateur Moine des cités, De Wall Street aux Quartiers-Nord de Marseille (éditions Nouvelle Cité/Prix 2009 de littérature religieuse). Le type enchaîne les télés et les radios en racontant sa vie. Son histoire? Ce franco-américain était un jeune banquier d’affaires (le golden boy typique) qui gagnait et flambait des millions de dollars avant de tout plaquer pour vivre dans un monastère en Savoie et habiter ensuite une cité HLM dans les Quartiers-Nord de Marseille. Il y a fondé une fraternité d'aide et d'échange. « Ce lundi matin 16 octobre 1989, je ne peux résister à la force qui m’habite. Je me lève : je dois démissionner… » raconte il dans son livre. Ca fait rêver. Et réfléchir. L'histoire du mec qui en a marre de sa putain de vie, plaque tout…et ne se retourne pas. Jamais.
Sans avoir suffisamment de couilles (ou d'armes ou de vêtements de cuir assez rutilants) pour exploser le système, on se calme les nerfs, on s'évade en écoutant le courant musical à la mode, la « chill wave ». Ca fait quelque temps qu'on n'écoute plus que ça, qu'on a d'yeux que pour la musique baléarique, tropicale ou cosmique. Le prochain Vampire Weekend s'annonce afro-pop, les percussions entendues chez Damon Albarn et ses derniers projets nous font prendre la tangente vers une contrée ensoleillée, et plus récemment Friendly Fires, Wavves, Neon Indian, Washed Out, Memory Cassette ou Fool's God enchantent par leur exotisme. On appelle ça l'escapism chez les Anglo-saxons: face à la crise, on fantasme un ailleurs musical meilleur.
En attendant, pour fuir un peu le morne quotidien, voici déjà une solution altenative, la lecture de ce numéro du Kultorama sur le thème « the escape » (du titre de la collection Kulte). On s'évadera avec un article sur la théorie du savoir revivre de Jacques Massacrier (principale influence sur cette thématique), la folie douce et la pop qui voit loin de Maman Records, les rythmes exotiques de Get Back Guinozzi!, le maxi galactique de Jan Turkenburg (le bien nommé « In My Spaceship »). On rêvera avec les illustrations poétiques de Stephane Manel. On se lovera dans du coton bio et on fera connaissance avec le magazine gratuit et « open-mind » Redux. Bon voyage!
Violaine Schütz
The Horrors - Chronique publiée dans le TSUGI n°19
The Horrors Primary Colours (XL/Beggars) De The Horrors, on a une image d'Épinal. Celle de cinq freaks anglais complètement goth (ils portent tout l'attirail croix-redingote noire et mascara qui coule du Dracula moderne), jouant un rockab de corbac (sur un premier album, plutôt flamboyant, « Strange House » sorti en 2007). Mais rien, si ce n'est un clip signé du grand Cunningham (ressorti d'une retraite spécialement pour leur beaux yeux cernés pour filmer leur tube punk « Sheena is a parasite » et devenu depuis leur co-producteur) ne laissait présager de quoi était vraiment capable le sanglant quintet. Dès les premières notes- incroyables de panache- de « Mirror's Image », l'entrée fracassante de leur nouvel album, Primary Colours, Bauhaus se retire, pour accueillir une densité électronique digne de Brian Eno. Dès lors, la redingote anthracite côtoiera systématiquement la lumière du jour, celle d'un jour nouveau, celui de l'illumination analogique. Alors certes les guitares sont toujours grinçantes (« Three Decades », du Interpol au sommet) mais l'orgue hypnotique (celui de Nico, période new-wave) et dansant lui vole constamment la vedette. Dans un donjon troué de lumineuses envolées shoegaze, la voix ressucite Ian Curtis et les Chameleons, mais la basse swingue, la pop lyrique (école Echo & the bunnymen) s'en mêle, et Geoff Barrow (de Porstishead) à la prod, berce le tout d'une belle douceur dub. On le savait certes depuis le plus premières heures du post-punk, la mort peut danser. Mais on ignorait encore qu'en 2009, elle pouvait enchaîner des chorés aussi magiques. De la « dance » macabre magnifique, voilà ce que ces cinq horreurs ont inventé avec leurs couleurs primaires. Et aucun kid fluo n'a jamais fait plus beau ! (Violaine Schütz)




