jeudi 11 novembre 2010

Micachu and the Shapes / Chronique pour Tsugi

Micachu & The Shapes Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
16-07-2010
Jewellery (XL/Beggars/Naïve)

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Chaotique, foutraque, baroque et bancal, le premier album de Micachu & The Shapes (deux filles et un garçon), Jewellery, n’est pas à mettre entre toutes les oreilles. Cela s’explique en partie par le parcours de sa leadeuse, Mica Levi, jeune Anglaise de 21 ans qui a suivi des études de musique classique au conservatoire avant de composer une symphonie pour l’Orchestre philarmonique de Londres. Lui en reste un certain goût pour le désordre et les expérimentations en tout genre. Mica chante comme un homme, bidouille des bribes de mélodies rock, folk et électro, invente des instruments (elle a fabriqué une guitare qu’elle a appelée “chu”), convie un aspirateur (“Turn Me Well”) et même quelques verres cassés. Une démarche qui n’est pas sans rappeler celle du turbulent Matthew Herbert, qui produit justement ce premier essai. Le résultat ? Parfois c’est aussi obscur qu’une performance arty ratée (le cri de “Sweetheart”), à d’autres moments c’est mignon comme du Cocorosie possédé par le démon (“Curly Teeth”). Mais dans tous les cas, on ne pourra pas reprocher à Micachu son manque d’originalité, de recherche ou de prise de risques. Sans crier à la perle rare, Jewellery est de ces joyaux bruts qu’on mettra beaucoup de temps à tailler. (Violaine Schütz)

Interview exclusive : un Phoenix raconte le concert avec Daft Punk à New York pour Tsugi

Interview exclusive : un Phoenix raconte le concert avec Daft Punk à New York Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
29-10-2010
C'était l'événement musical de la semaine dernière, et l'un des membres de Phoenix, Deck D'Arcy, a accepté de revenir sur ce concert déjà mythique. Une jolie exclu rien que pour vous.

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Le 20 octobre, dans la gargantuesque salle new-yorkaise du Madison Square Garden, Phoenix était le premier groupe français à jouer live devant 28000 personnes. Mais ce n'était pas le seul événement d'anthologie. Pour le rappel, leurs amis d'enfance Daft Punk, absents sur scène depuis quatre ans les ont rejoint pour un « boeuf » entre copains. Réaction à chaud de Deck D'Arcy (basse, clavier) de Phoenix, en direct de Miami pour la dernière date américaine du groupe.

Peux-tu nous raconter le Madison Square Garden, de l'intérieur ?

Ce qui nous a fait plaisir c'est qu'on a réussi à amener notre truc, à rester nous-mêmes, dans une salle qui n'est pas vraiment faite pour jouer. Normalement il y a des choses sur-humaines comme Paul McCartney. On n'est pas censés jouer dans ce genre de salle. En fait on était surtout content car on a pu jouer avec des groupes qu'on adore comme Wavves et Dirty Projectors, qui ont composé l'un des disques qu'on a le plus écouté en 2010 (avec l'album de Girls). On voulait faire une affiche complètement bizarre et inédite par rapport au Madison Square Garden. Dans un lieu aussi grand, on peut se permettre des choses jamais faites avant. Du coup on a installé tout un système de lumières au plafond, qui n'avait jamais existé là-bas et pour une fois tous les plans qu'on avait prévu ont fonctionné. Et puis il y avait les Daft ! En fait c'est étrange de jouer avec des amis avec lesquels on a pas fait de live depuis longtemps. Le dernier concert avec eux c'est quand on avait 15 ans, au début des années 90, au moment où Laurent jouait dans Darlin' (groupe associant des membres de Phoenix et Daft Punk avant que les deux entités actuelles ne se forment, ndlr). Depuis on avait jamais rejoué ensemble alors qu'on avait chacun plein de concerts et une carrière de chaque côté. Ça faisait vraiment bizarre, après tout ce temps.

L'idée est venue de qui ?

C'était une idée à laquelle on pensait depuis un petit moment. Les Daft qui vivent aux Etats-Unis sont venus nous voir en live et ça a du leur donner envie. Un mois avant on était à Hollywood, on a fait une grosse salle, le Hollywood Ball, et on a failli le faire là-bas car les Daft habitaient juste à côté. On l'aurait bien fait à Paris, mais il n'y avait pas de date de prévue à ce moment-là. Deux semaines avant New-York, on s'est décidé. On ne l'a dit à personne, on a vraiment essayé de garder le secret jusqu'au dernier moment et apparemment les gens ne le savaient pas.

Quelles ont été les réactions immédiates du public ?

Ce qui est drôle c'est qu'on ne s'en est rendus compte qu'en matant les vidéos youtube. Et là c'était très amusant d'entendre crier « Oh my god ! ».

Vous aviez répété avant ?

Oui, mais en fait les Daft ont fait comme d'habitude, des mash-up's. On a très peu répété ensemble, mais ils ont beaucoup travaillé de leur coté. Et ensuite ils ont mis leur musique sur la nôtre.

Ils ne sont donc pas devenus inaccessibles ?

Pas du tout ! On s'est moins vu car ils habitent aux States et nous en France, mais ils sont toujours les mêmes.

Deux groupes d'envergure internationale peuvent donc encore se faire un « boeuf entre copains » ?

C'est toujours notre idée de rester amateurs, de ne pas devenir trop professionnels. On a abordé le Madison comme on aurait fait la Boule Noire. Et le lendemain, on jouait dans un bled, devant 300 personnes. C'est ça qui est cool!

Propos recueillis par Violaine Schütz

jeudi 29 juillet 2010

Lonelady Interview - Paru dans le magazine TSUGI de mars 2010

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Lonelady

La dame noire

Texte : Violaine Schütz

Les cheveux de La Roux, le franc parler du Gossip et la noirceur galvanisante de The Horrors, Julie Campbell alias Lonelady a tout de la « next big thing ». Mais la Mancunienne signée chez Warp ne jure que par The Fall, Wire et le côté sombre de la force. Rencontre avec une cavalière solitaire.


Tu es une femme qui fait du rock sur un label où on trouve en majorité des hommes et de l'électronique, comment vis-tu ta signature chez Warp?

Ça doit être mon côté « seule contre tous », « lonelady » (rires). J'ai choisi ce pseudo pour signaler l'idée de chasseur solitaire mais aussi pour l'idée du masque. Si je m'étais appelée Julie Campbell, tout de suite ça faisait chanteuse qui se prend au sérieux. Lonelady, c'est quand plus soft, et mystérieux.


Tu es chanteuse et guitariste, as-tu toujours voulu être musicienne ou du moins artiste ?

Enfant, j'étais persuadée que je ferai quelque d'artistique plus tard parce que je passais des heures à dessiner dans mon coin et que tout le monde trouvait ça un peu bizarre. J'ai choisi des études d'art à l'université que j'ai fait durer le plus longtemps possible pour ne pas avoir à me confronter au monde réel. J'étais bien contente d'avoir ce prétexte pour pouvoir continuer à apprendre des choses et à être créative sans qu'on me tombe dessus. Je jouais dans un groupe et organisais en même temps des expositions de mes dessins, peintures, sculptures. Et j'écrivais des poèmes dont certains publiés dans des revues d'art obscures dont une montée avec mon frère, et assez peu rentable. Tous les boulots que j'ai eu comme rentrer des données sur informatiques sur un ordi m'ont rendu dingue. Je n'ai jamais réussi à avoir un job à plein temps...


Et pourquoi avoir choisi la musique alors au final, et pas les arts plastiques ou la poésie ?

Écrire des poèmes et des paroles, c'est la même chose : tenter de traduire de l'intimité confuse en quelque chose de plus abstrait, d'un minimum universel et de pas trop cru. Pour la musique, en fait, je me suis retrouvée à un moment, en 2005, avec une boite à rythme et une guitare seule chez moi, avec pas grand chose à faire. J'avais un quatre pistes et j'ai pu faire des enregistrements très vite. Avec mes maquettes diy assez cheap, j'ai démarché les magasins de disques et les bars pour y jouer. Je ne pouvais pas faire de concert en dehors de Manchester car j'avais ni permis de conduire. Il me semble même avoir passé, désœuvrée, une petite annonce sur myspace à ce moment là pour trouver un chauffeur (rires).


Tu as grandi à Manchester, à quel point ça a influencé ton premier album, Nerve Up?

Je suis née là bas, j' y ai toujours vécu, et je compte pas me casser d'ici de si tôt. L'histoire musicale très riche de Manchester est omniprésente, mais en filigrane. Les Mancuniens ne sont pas dans la commémoration visible. La ville a beaucoup changé, tout a presque été détruit de cette période. Je ne voulais pas enregistrer l'album dans un studio normal et j'ai cherché partout un immeuble où je pourrais me reconnecter avec cette atmosphère passée. J'ai finalement trouvé une sorte de bunker, un moulin vide près d'un canal. J'y ai enregistré le disque seul, pendant 21 jours, avec quelques visites de Guy Fixsen, qui a produit l'album (et aussi les Breeders, Stereolab, My Bloody Valentine, ndr). J'y ai construit un studio complètement isolé de mes mains, dans lequel j'enregistrais dans le noir et le froid pour arriver précisément au son que je voulais.


C'est quoi la grosse différence entre Manchester et Londres?

Si j'avais vécu à Londres, je n'aurais rien enregistré. L'industrie londonienne est une machine écrasante où les médias et l'aspect financier règnent en maitres. Tu es obligée de penser à la réception d'un morceau, à son audience potentielle et à comment tu te situes dans la scène actuelle au moment même où tu l'écris, à Londres, ce qui perturbe la donne dès le départ.


Et que penses tu de la musique anglaise d'aujourd'hui?

Tous les groupes se ressemblent. Il y a quelques années, tous voulaient être les nouveaux Joy Division, puis les Libertines, et ensuite les Arctic Monkeys. Les labels veulent signer des émules des derniers groupes qui marchent pour diminuer les risques et vendre tout un idéal de vie autour d'eux. Je lis pas le NME parce que ça me déprime. Au départ on fait de la musique parce qu'on se sent différent et au final on tombe dans l'uniformisation.


Ton album reflète des influences très 80's, pourquoi es-tu si attachée à cette période?

J'aime l'anxiété « nerf à vif » contenue dans cette période musicale de la fin des 70's et du début des 80's. Les sons de guitares nerveux du post-punk, la brutalité de Pil, The Fall, Gang Of Four et Wire (dont Julie a depuis assuré les premières parties anglaises en 2008, ndr), les premiers REM, A Certain Ratio, Joy Division, Pylon. Ces groupes avaient de l'énergie dans leur désespoir, du panache, de la flamboyance. Ce n'était pas de la musique « facile ». Mais il m'arrive aussi d'écouter Judy Garland (rires).


Qu'attends-tu exactement de la publication de ce premier album?

Je ne cherche pas à devenir quelqu'un ou la nouvelle Lady Gaga (de toute façon j'ai pas le look de l'emploi). Cet album n'est qu'un documentaire de quelques années de vie, mais qu'il entre chez quelqu'un qui l'achète (parce que sans être contre la technologie, il y a plus bandant que télécharger une chanson) et fasse partie de ça vie, rien que ça, ce serait déjà pas mal.


Nerve Up (Warp)

www.myspace.com/hiholonelady


samedi 13 mars 2010

Brazilian Girls - Article publié dans Trax en février 2007


 
Brazilian Girls
 
Texte de Violaine Schütz 
 

Non, les Brazilian Girls ne sont pas un troupeau de naïades échoué sur une plage de Sao Paulo. Mais ça n’empêche pas le quatuor new-yorkais de dub cool d’être sacrément sexy et culotté.

 

Heure très tardive dans un petit club londonien. Les Brazilian Girls montent sur scène. Leur chanteuse, presque nue, mais recouverte d’un voile lui masquant le visage se dessine au rouge à lèvres une bouche et des yeux sur le tissu …Une image troublante, qui accentuée par une lounge music polyglotte à la sensualité toute latine, ensorcèle et interpelle la horde d’ Anglais déjà bien alcoolisés. Bossa nova d’un autre millénaire ? Electro-salsa-funk ? Samba-dub-punk? Le premier album éponyme des Brazilian Girls, sorti en février 2005 avait déjà éveillé les questions de style et brouiller nos pistes auditives. Mélanges savoureux de dance tropicale et de pop plus occidentale, les rythmes chaloupés et plein d’humour des Brazilian Girls draguaient de façon putassière mais séduisaient sans difficulté. 

 

Le deuxième album, Talk To La Bomb, enregistré dans le studio d’Hendrix (l’Electric Lady à New York) affine le propos. Moins house que son prédécesseur, Sabina Sciubba, la chanteuse du quatuor, le définit comme une bombe « melting pop » et « emo electro ». « Emo c’est pour « émotionnel ». » Et en la rencontrant, on n’est pas au bout de ses émotions… La cynique perverse Formé en 2003 à New York, les Brazilian Girls se sont rencontrés au Nublu, un « tout petit club de l’East Village. Le propriétaire est moitié suédois-moitié turque et il a épousé une Brésilienne. Son lieu est un endroit très spécial et cosmopolite : on y trouve des vieux poètes de la beat generation, des mannequins droguées (pléonasme ?), des branchés, des DJ’s, des peintres, bref des artistes de tous les âges ayant pour seul point commun l’envie de s’évader et de recréer quelque chose d’amusant et d’innovant ». Comme les Brazilian Girls qui avant de jammer ensemble, écumaient chacun des milieux très différents. « Jesse, le bassiste, jouait dans un groupe de punk. Aaron, le batteur, officiait avec des musiciens argentins venant du tango. Le claviériste, est natif de Buenos Aires et c’est un fan de jazz. On a ensuite tout mélanger de manière très démocratique. » Mais Sabina donne seule ses interviews. Sans doute parce que c’est la créature la plus stupéfiante du groupe. Née à Rome, elle a parcouru le monde, chanté à l’âge de 13 ans dans une formation jazz, vécu à Nice avec sa mère peintre. Du coup, elle chante en cinq langues et répond à nos questions dans un parfait français. « J’ai vécu un peu partout, notamment à Munich, où je faisais l’actrice à la télé. J’ai aussi joué dans un film d’Amos Kollek récemment. Je ne m’enflamme pas trop parce que je n’ai vu aucune image et que je redoute le résultat. Je jouais une chanteuse d’origine allemande et arabe à l’opposé de l’héroïne, une jeune chanteuse innocente arrivant d’Israël et qui manque de mourir à cause de la cocaïne que je lui donne. Dans ce film, je suis la cynique droguée et perverse, toujours en train de fumer de l’herbe. 

 

On se demande pourquoi ?» Des chattes et de l’herbe C’est que le groupe a toujours eu à dealer avec cette image un peu « fumeuse ». Le refrain du tube qui les a rendus célèbre disait à peu près ceci : « Pussy, pussy, marijuana ». « Pour beaucoup, nous sommes le groupe qui a chanté « Pussy marijuana » ! On nous passe tout le temps des joints sur scène. Parfois, j’ai presque envie que la police s’en mêle. Ca me forcerait à retourner en Europe ! Je plaisante. Mais aux Etats-Unis, ce titre n’a pas la même valeur qu’ailleurs. « Pussy » ne peut pas passer à la radio, ni à la tv là-bas; Pourtant, il ne parle pas de sexe mais de censure et d’hypocrisie, il s’agit juste de provoc’. Pour moi tout est permis. Tout le monde a besoin de drogue. Les gens qui n’en prennent pas sont nymphomanes ou se goinfrent de chocolat. Chacun a ses vices !» Sue Ellen à poil Surnommée « Sue Ellen » par des tourneurs, Sabina s’est dernièrement pourtant un peu calmer. « Quand tu tournes, c’est important de se créer un espace de calme et de ne pas trop faire la fête. J’ai tellement tiré sur la corde la première année, que j’en suis sortie épuisée. Les mecs continuent eux : peu de sommeil, beaucoup d’alcool, ils ne vont pas faire de vieux os, c’est sûr ! (rires) Parfois c’est dur de voyager avec sept mecs sur un bus ! J’ai envie de parler de Tampax et d’avoir des amies ! » Mais quelques verres plus tard, Sabina se laisse aller : « J’ai grandi avec un grand manque de tabous. Chez moi, à Rome, on pouvait parler de tout. Les Italiens emploient tous les trois mots celui de « chatte ». C’est pour ça que j’aime vivre aux Etats-Unis, pour ridiculiser les gens prudes, qui en oppressant, engendrent la perversion. Récemment, j’étais à Porto Rico sur une plage, nue, car j’avais oublié mon bikini. C’était désert à part un vieux couple d’américains scandalisés dont la femme a écrit dans le sable « no nudes » alors que je me baignais. Quand je suis sortie, elle a commencé à m’insulter : « Les gens ici… » La plage était totalement vide. C’était quoi son problème ? Elle n’a pas aimé la manière dont son mari me regardait ou bien ? » C’est ça le problème avec les bombes…toujours prêtres à exploser ! 

Talk To La Bomb (Verve Forecast) www.braziliangirls.info www.myspace.com/braziliangirls