mardi 17 mars 2009

Bashung à l'Elysée

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Texte par Violaine Schütz publié dans le HOWL de janvier 2009

Elysée Monmartre – Le 26 octobre 2008

compte rendu de concert/ Bashung

Avec Daniel Darc et Christophe, Bashung reste l'un des rares survivants de la chanson française à nous émouvoir encore comme il y a dix ans. Il en donnait une nouvelle fois la preuve, le 26 octobre dernier devant un Elysée Montmartre aussi comble que comblé.

Chapeau, lunettes noires et pardessus à la Bogart, Bashung entre sur scène, impressionnant d'allure et d'aura en prévenant tout de suite le spectateur de ce qu'il attend. « Vous connaissez quelques unes des chansons que je vais chanter, d'autres non, je vous souhaite un bon voyage ». Un voyage, c'est en effet de quoi il retourne ce soir à l'Elysée Monmartre. Pendant plus d'une heure et demie, Alain Bashung alternera au milieu d'un jeu de lumière somptueux (on pense souvent à certaines scènes de Twin Peaks) morceaux récents (dont beaucoup sont tirés de Bleu Pétrole, son dernier album en date) et les tubes pour lesquels le spectacle affiche complet depuis quelques mois. La grosse surprise étant que notre hôte ne fait pas cavalier seul. Ses compagnons d'infortune et de fêlures n'ont rien d'un escadron de requins de studio un peu lourdaud mais manie la guitare, la basse et le violoncelle avec la légèreté d'un Calexico mêlée à la finesse d'un Tindersticks. Nous voilà donc très vite transporté par la magie d'une voix aussi torturée que limpide et d'une musique onirique vers un terrain très lointain qui file le vague à l'âme et la chair de poule (celle des frissons et des picotements dans le bas ventre). Les escales les plus flamboyantes demeurent celles qui nous amènent vers le passé. L'impeccable « La nuit je mens » est le premier moment d'émotion pure qui s'offre à nous avant que l'homme en noir nous régale d'une reprise très classe d' « Everybody’s talkin’ » d'Harry Nilsson, et d'une version sautillante d' « Osez Joséphine » dont l’intro est remplacée par le « Blowin’ in the wind » de Dylan. Mais le meilleur reste à venir. Quand la fin arrive, « Madame Rêve » épingle le public au ciel et le magnifique « Vertige de L'Amour » donne le tourni à ce qu'il nous reste d'esprit. On dit merci.


dimanche 15 mars 2009

Una notte bianca, nel 1977 avec JC/DC


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texte paru dans le TSUGI n°9
par Violaine Schütz

Una notte bianca, nel 1977 avec Jean-Charles de Castelbajac

Créateur pop post-moderne, déjanté et plein d’humour, connu pour ses détournements de toiles de jutes en robes citationnelles, Jean-Charles de Castelbajac, est aussi un fan de musiques électroniques acéré, ami du leader de Kraftwerk à ses débuts qui projette aujourd’hui de faire jouer Crystal Castles à son prochain défilé. Moment rare : le plus anarchiste des aristocrates nous entraine avec lui dans une nuit-voyage digne d’un épisode d’Indiana Jones dans le temple maudit d’une l’Italie hantée.

C’était en 1977 ou 78, en Italie, pendant les années de plomb, ce moment de l’histoire où il y a eu énormément d’attentats terroristes et où régnait un étonnant paradoxe entre la dolce vita italienne et quelque chose de dramatique lié à la présence du fascisme. J’ai une vingtaine d’années, c’est un samedi soir d’été, en fin de soirée. Un ami cher, Achille, me propose de le suivre dans sa vieille décapotable Corniche vers une propriété perchée sur les collines de Reggio d'Émilie, qui ressemble qui a tout de la demeure de Nosferatu.

22h30 : Achille frappe à la porte, et on se retrouve dans un immense couloir d’une hauteur de 11 m sous plafond, avec un sublime tapis d’orient au sol, et une voute faite de chaque côté de 25 têtes de girafes empaillées, et d’orangs outans naturalisés : que des animaux que j’aime sacrifiés pour le seul plaisir de tuer. Les girafes, très féminines, me regardent chacune dans les yeux, avec la même tristesse dans le regard que la mère de Bambi au crépuscule de sa vie. Au fond du couloir, trône une énorme tête de lion sous laquelle se trouve une double porte cloutée à battant. Un maitre d’hôtel ouvre la porte. Et là, on découvre une autre pièce-temple contenant des tableaux très sombres d’ancêtres, presque que des hommes dans une atmosphère étrange avec un éclairage aux chandeliers et une table mise de 12 m de long au milieu. On s’installe avec Achille dans des fauteuils renaissance italienne.

23h : Il est assez tard pour diner lorsqu’arrive une femme au très long cou, comme on peut seulement en voir sur les princesses romaines photographiées par Richard Avedon, et qui
ressemble aux girafes de l’entrée. Par une autre porte, sort un homme rougeaud, avec moins d’allure, qui s’installe à l’autre bout de la table. Le couple très mal assorti ne s’adresse la parole que par petit mot écrit et transmis à un maitre de maison qui le pose sur un petit plateau d’argent.

00h30 Dans une situation à faire pâlir de désir Salvador Dali, et dont la drôle d’ambiance aurait fortement excité Marcel Duchamp, le premier plat arrive. La maitresse des lieux, dont j’apprendrais plus tard l’identité- il s’agissait d’une véritable princesse romaine devenue comtesse par son mariage avec un riche notable toscan-, est entourée d’une dizaine de chihuahuas comme il en existe que quelque uns dans le monde. Le diner se passe et la conversation trépasse. Dans cette cathédrale du silence, le velours est proche des prémisses d’eyes wide shut, mais il ne se passe rien. Je demande en partant à Achille, si ces gens ne sont pas un peu bizarres. Il me répond que le couple a simplement choisi de régler un contentieux entre tous les deux par un silence à vie.

01h30 Achille me parle d’une fête chez un ami, dans les collines de l’Emilie. On monte dans sa Rolls corniche, dont la teinte change selon les jours (il prend la noire le lundi, jour de deuil) et on arrive devant une villa bunker avec un ciment à la Rambo, qui reflète la lune. A l’intérieur la fête est assez figée avec que des jeunes gens de familles à l’allure romantique et romanesque, tous semblables aux mannequins de Kraftwerk. Une quinzaine d’entre eux regardent vers un petit jardin. Et là je demande à Achille : « toi qui est un grand amateur de beauté féminine, peux tu me dire où sont les femmes ? »
Il me répond : « Elles ne sortent pas après minuit ». Je suis un peu déçu.

3h30 A travers les baies vitrées, vers lesquelles les jeunes garçons lorgnent, j’aperçois une fille qui ressemble au printemps de boticelli, poursuivie par un ours. Je ne comprends pas pourquoi les clones de Gary Numan assistent à cette tragédie en rigolant. En colère, j’en bouscule un, je saute dans le jardin, je cours après l’ours, le terrasse, sa tête roule et boule et je découvre qu’une femme se cachait sous la peau de l’ours. A ce moment là, des projecteurs se braquent sur les différentes terrasses hypra modernes de la villa, et des sonorités électroniques qui remontent à l’archéologie du genre, dans la veine d’OMD, Human League et Throbbing Gristle envahissent l’espace. Il s’agit en fait des premières notes de « warm leatherette » de the normal, convié pour orchestrer live cette messe apocalyptique.

4h30 je dois travailler le lendemain matin, dessiner une collection pour la marque Sportmax pour laquelle je travaille alors, mais Achille me prend à part et me dit, pars pas, je veux te montrer quelque chose. Il m’emmène dans une pièce où se trouve un tableau en dyptique, montrant d’un côté, le dos d’une femme grandeur nature constellé de grains de beauté, et de l’autre une nuit étoilée où les taches de la fille sont transfigurées en ciel. Il s’agit du tableau « physionomie céleste » de Claudio Parmiggiani (célèbre peintre italien des années 60, ndr).

6h00 Achille me dit qu’il veut m’offrir ce tableau.

6h30 Après un tour en Rolls, on se retrouve à la terrasse d’un café, nous sommes seuls, Achille me récite du Lautréamont, en français dans le texte, la séquence du requin des chants de Lautréamont. Je commande un double expresso et un verre de Sambuca. Je bois la liqueur dans le café, après avoir fait flamber 3 grains de café. Le jour se lève sur l’Italie plombée par les années de plomb.

www.jc-de-castelbajac.com/

Une nuit avec Sebastien Tellier

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Article paru dans le TSUGI n°6
Texte de Violaine Schütz

Une nuit rêvée avec Sébastien Tellier


Comme le grand Christophe (dont il est fan), le latin lover aux costards blancs Sebastien Tellier vit surtout la nuit. C’est pendant ces heures sombres qu’il compose, joue à la Playstation ou file au Baron. Sur son nouvel album, Sexuality, il imagine une nuit érotique du début à la fin ; Et pour Tsugi, c’est une soirée légère et avinée dans un pseudo-Cannes qu’il fantasme. « La nuit pour moi c’est lié au rêve et à l’enivrement », avoue-t-il


18h00 : Je suis dans une belle villa à 500 mètres de la mer dans les hauteurs d’une ville qui ressemble à Cannes, mais qui n’est pas Cannes. Je bois un bon vin blanc glacé, et j’écoute Robert Wyatt. C’est vraiment parfait Robert pour l’apéritif car ça plonge dans l’obscurité.

19h : Il faudrait que ma fiancée rentre de ses affaires, qu’elle ait un travail. Qu’elle ne soit pas chômeuse donc, non je plaisante. (Dans la vraie vie, la petite amie de Sébastien, Amandine de la Richardière est une jeune actrice à forte poitrine de 26 ans qui n’a pas beaucoup tourné mais a prêté sa voix au disque de Tellier. Ce sont ses orgasmes qu’on entend tout au long de Sexuality, ndr). Non, je voulais dire que dans ma nuit préférée, ma copine rentre d’un travail qui l’a intéressée et a plein de choses à me raconter sur cette activité.

21h : Deuxième apéritif. Les disques à écouter pour le deuxième apéro parfait, c’est Diana Ross, Marvin Gaye, Stevie Wonder, les Beach Boys.

22h30 : Il est l’heure que les taxis viennent nous chercher pour nous amener au restaurant. Des amis nous rejoignent, mes meilleurs potes, des gens que je respecte dans l’art, d’autres qui ont des choses absurdes à dire. Là, on boit un maximum. Et surtout on réfléchit à ce qu’on va manger. On fait des concours de qui prendra le plus de trucs. « Entrée-plat-dessert », qui fait mieux ?

23h30 : Arrivée au restau, troisième apéritif, puis on s’empiffre. Moi, j’aime bien quand c’est la fiesta sur la table et qu’il y a plein de trucs partout. Le couscous c’est agréable, les tapas aussi. Faut que ce soit des plats festifs, qu’on s’amuse en les mangeant. Après, moi j’apprécie quand il y a des embrouilles pendant le repas. Un tel qui a trompé machin et que ça se sait. Si des copains peuvent se mettre sur la gueule, c’est dommage pour eux, mais ça fait toujours des petites activités sympas. J’adore aussi admirer les gens et cracher sur les gens : « lui, il est formidable », « oh, lui, quelle merde ! ». Les discussions stériles et les soirées superficielles avec des gens intéressants, ça c’est bien.

02h00 : Lentement mais surement on se retrouve chez un pote. Là, on boit plus un digestif- du Cognac- pendant que les filles se re-préparent un peu, avant de repartir. J’aime bien les déplacements, c’est là où je me marre le plus. A l’arrière d’une bagnole, quand on écoute de la musique à fond en racontant n’importe quoi, c’est un moment merveilleux.

03h00 : On sort dans une boite de nuit qui se trouve face à la mer. Je regarde les autres danser, je profite de la musique pendant que des mecs me racontent les derniers potins. J’ai essayé de bien m’habiller pour sortir. J’essaie d’être toujours présentable et de créer un certain style. Je peux garder mes lunettes de soleil dans le club.

Fin de la nuit : Un bon brunch avec un gros cheese-bacon, dans un endroit comme le restau américain Joe Allen à Etienne Marcel. Pas un McDo, non ! Des vraies frites et un vrai burger. Après seulement j’envisage la possibilité du sommeil.


Sexuality (Record Makers/Discograph)


jeudi 12 février 2009

Metronomy - Tsugi n° 10 - juin 2008

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Texte : Violaine Schütz
Metronomy
New rêve

Une incroyable injustice ! C’est ce dont l’ambitieux trio anglais Metronomy, a fait l’objet. Classés vite-mal fait dans l’étroite case fluo de la new-rave à ses débuts, le groupe a continué à être cantonné au rang de sous-klaxons dans son pays. A tort. Nul n’étant prophète dance en son pays, aux Français de les apprécier à leur juste valeur : celle d’un groupe pop majeur.

Si comparaison il doit y avoir, ce n’est pas du côté de Twisted Charm et Hadouken ! qu’il faut chercher à caser le cas Metronomy ; Le sang de ce trio de Brighton est royal, de celui qui coule dans les veines d’une race pop qui vient de loin, de celle qui brise les frontières et franchit des montagnes, avançant seul et dans le noir, sans Dieu, ni maître pour créer de nouveaux sentiers, dresser des ponts inédits. Sparks, Devo, Talking Heads, voici quelques noms que le frondeur Nights Out, deuxième album de Metronomy, évoque au détour de douze partitions d’électro-pop anticonformiste qui ne se laissent pas facilement apprivoisés. Et si Metronomy étaient les nouveaux Brian Eno ?
La jeunesse parle à la jeunesse
« Les chansons dance parlent presque toute de la nuit de façon fun. Notre concept, c’était de créer la bande son d’une nuit, mais pas d’une nuit où je m’éclate, plutôt d’une où je ne m’amuse pas. On parle d’un thème pas très fédérateur : le clubbing non festif (rires) ! Car je sors beaucoup, mais suis souvent déprimé pendant en soirées. En Angleterre, le public s’accroche à l’aspect visuel-très coloré de notre univers, qu’ils trouvent fun, mais il y a une grande tristesse, dans notre démarche. »
Ah, c’est sûr, Joseph Mount, à qui l’on doit ses propos, n’est pas un leadeur pop anglais comme les autres. Ce guitariste de 26 ans ne porte pas de slim, ne kiffe pas Kate Moss et ne cause pas de filles. Plus Nick Hornby que Pete Doherty, il porte dans l’album Nights Out, ainsi que dans la vie, un regard plutôt désabusé sur ses contemporains dans des chansons presque toutes écrites « en rentrant ivre de pub ou destroy après une virée en club ». « Nos paroles sont assez mélancoliques, avoue Joseph. « On Dancefloors » raconte le désarroi qu’on peut ressentir parfois sur la piste de danse quand on arrive pas à communier avec ses potes. « Heartbreaker » s’inspire d’un ami enfermé dans une relation amoureuse de merde, qui n’arrête pas de se plaindre de sa meuf à un pote. En fait, le plus important c’est sa relation avec ce pote ! « Holiday » c’est l’histoire de vacances impossibles pour un couple qui n’arrive pas à se mettre d’accord, et « On the Motorway » c’est un peu notre « Leader Of The Pack » à nous : l’histoire d’une fille qui vole une voiture et a un accident avec juste après ».
D’Aphex à Erol
Mais le propos, très « commentaire social » et donc très « Gang Of Four » serait banal s’il n’était pas accompagné d’une musique qui lorgne bien plus loin que le pavé anglais. Musicalement, Metronomy c’est une batterie métronomique qui suit les pulsations cardiaques d’un cœur fou et survolté, une basse new-wave souvent inquiétante et des synthés cheap mais riches d’idées. On y retrouve la grâce new-wave de New Order, la rage des Clash et un peu de l’émotion techno primitive contenue par Kraftwerk. Et puis quelque chose d’absolument unique et moderne ;
Car si Nights Out est l’œuvre d’un trio : Gabriel Stebbing (basse, claviers), Oscar Cash (saxophone, claviers) et Joseph Mount donc, c’est surtout celle de ce dernier. Joseph, un gamin qui a grandi « dans la pire région du monde, Devon. Etre ado là-bas, c’était ne rien faire, absolument rien, à part errer dans les parcs. Si tu as 15 ans à Devon, et que t’es pas totalement comme les autres et que tu as ton propre sens-très particulier- de la mode, on dit que t’es hippie et on te trouve vraiment bizarre. Tu passes pour un freak. »
Heureusement, les choses s’arrangent un peu quand le père de Joseph vend un ordinateur à son fils. Ce dernier s’en sert pour copier ses héros d’alors -Autechre, LFO, Aphex Twin- et se choisit un nom mélangeant ses deux passions : la musique (métronome) et l’astronomie. Parce que l’ado de 17 ans vise déjà les étoiles. Un premier album étrange, très électro et quasi instrumental intitulé Pip Paine (Pay The £5000 You Owe) naîtra en 2006 dans la chambre du petit Joseph et aboutira à quelques faits exemplaires : des remixes pour Klaxons, Franz Ferdinand et Kate Nash. Un premier single, « You Could Easily Have Me » playlisté en boucle par Erol Alkan, et surtout un concept live parmi les plus originaux qu’il nous ait été donné de voir.
Harder, better, stronger
« Sur scène, on place des lampes sur nos tee-shirts. L’idée est venue d’une illumination qu’on a eu juste avant de faire notre premier concert, raconte Joseph. On voulait éviter d’être pris trop au sérieux, ou d’être vus comme un groupe d’électronica chiante, alors je suis rentré dans une solderie « tout à un pound » et j’ai acheté ces trois lumières rondes. C’est un peu comme la pyramide Daft Punk, mais version cheap. Nos chorégraphies sont nées de la même impulsion : étonner, offrir un truc original. On a même invité une troupe de danseuses une fois sur scène. »
Définitivement pas comme les autres ces Metronomy, injustement réduits à un énième groupe fluo, alors que la vérité est ailleurs, dans une révélation délivrée en fin d’interview par Gabriel, le bassiste. « On aimerait que les gens pensent qu’on commence quelque chose, et pas qu’on le finit, qu’on nous place dans une lignée de groupes pop qui ont essayé d’éclater des barrières, pour écrire des chansons à la fois dansantes et un peu compliquées. On aime vraiment la musique et on en écoute beaucoup : du post-punk à la new-wave en passant par la pop très pure de Hall& Oates. On ne fait pas ça pour la gloire ou les filles. Alors ce serait vraiment chouette que ceux qui écouteront l’album se rendent compte qu’on a tenté de faire quelque chose d’ambitieux, de plus grand, de plus intéressant que de s’engouffrer dans une mode. Metronomy essaie d’être différent. »
Et réussit. Alors, que Justice soit faite.
Nights Out (Because)

mardi 9 décembre 2008

Late Of The Pier

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Article de couv paru dans le TSUGI n°11

Texte : Violaine Schütz
Late Of The Pier
les derniers arrivés
Fin de race, début de lignée

Il y a eu le revival du rock binaire classe 77, l'éphémère nu-rave remettant les 90's au goût du jour et puis plus rien. Enfin, c'est ce qu'on croyait jusqu'à ce qu'un quatuor à peine majeur, Late Of The Pier, viennent confirmer, avec un premier LP vivifiant et barré ce que Metronomy et Mystery Jets avaient prédit. Il y aura bien un futur du rock anglais, et celui-ci passera par des synthés, une excentricité très 80's et une bonne dose de second degré. Vivement demain!
« Ce n'est pas seulement le nouveau groupe le plus excitant du moment, c'est LE groupe le plus excitant de tous les temps. J'aime leur musique et en tant que personnes ce sont les quatre types les plus créatifs, spirituels, inspirés, concentrés et aimables que j'ai jamais rencontré. Je pense que Fantasy Black Channel est un très beau disque, qui ose beaucoup de choses, mais ça je le savais avant même qu'on commence à l'enregistrer.”

C'est en ces termes, plus qu'élogieux que l'homme du moment, l'Anglais Erol Alkan, parle de son groupe préféré dont il a produit l'album, et on est pas loin de partager son enthousisame un brin ampoulé. Le 26 juillet, on constatait pour de vrai à quel point l'emphase de l'ancien patron du Trash n'était pas volée. Au Razzmatazz, immense club de Barcelone, perdu au milieu de nulle part et abritant des clubbeurs de tout bords se divisant sur 5 salles, Late Of The Pier jouait à 3 heures. Après un set techno italo de Sistema (un producteur espagnol proche d'Alexander Robotnick), ils parvenaient alors à mettre d'accord ceux qui étaient venus danser sur de l'électro et les indie rockeurs déjà au courant de la nouvelle “LOTP”. Dans une salle non climatisée (la seule de tout le club) et fumeuse (la seule aussi de tout le club), l'alchimie prend dès les premiers retentissements synthétiques. Il y a plus de claviers sur scène que d'êtres humains, humains dératés que l'on voit s'agiter dans tous les sens dans des tenues dorées improbables, un mix de lamé or période disco et de nippes vintage.
Musicalement, le son est assourdissant, la vitesse d'exécutions d'un urgence absolue : les bombes électro rock barrées, s'enchainent et explosent les têtes. Les martèlements du chanteur frappant frénétiquement un instrument diy fait de lattes de lit, sur « Space And The Woods », premier single auto-produit du groupe sorti en Mars 2007, enfonce le clou dans un cerveau déconnecté et des jambes bien laminées. On est envouté, heureux, chancelant quand le chanteur finit dans la foule, porté par un public chauffé à blanc. Quelques minutes plus tard, en reprenant nos restes d'esprit, on pense à la fois à Ian Curtis pour la danse épileptique de danse du chanteur, à l'énergie brute du début du punk, aux farces de Devo, aux concerts débraillés de Klaxons, autres pourfendeurs de barrières musicales dont ils sont le sens du dancefloor féderateur, l'élégance d'un Franz Ferdinand en prime.
C'est à peu près la même sauvagerie brute, le même choc frontal, complètement rafraichissant et étourdissant, qui émane de la première écoute de l'album inaugural du quatuor. Fantasy Black Channel est une petite révolution dans le manoir anglais de la pop anglaise. On y brasse à peu près tout, du glam rock au prog, en passant par la pop expérimentale, l'électro weirdo, la new-wave, le hard rock et le funk. On casse les ryhtmes, déglinguent les mélodies, ça part dans toutes les directions, va et vient, ose le pire mais plus souvent le meilleur. LOTP y démontre violemment à ceux qui ne voyaient qu'en eux les hypeux auteurs d'un track compilé par Kitsuné (« Broken ») bon qu'à remplir un Showcase ou un Paris Paris qu'ils se trompent différemment. Ca aurait tellement facile : quatre jeunes garçons plutôts mignons, anglais, auteurs d'une musique crossover et fluo, adulés par les branchés. Sauf, que voilà, Late Of The Pier, soit « la fin de la jetée », c'est à peut près tout sauf ça.
Les pendules à l'heure
Si l'on se fiait à l'imagination des empêcheurs de danser en rond, les Late Of The Pier seraient idéalement issus de Londres, beaux comme des Dieux dans leur slims ultra mode, incultes comme pas permis, de la morgue à revendre. Surprise. On découvre Sam (chant guitare) le regard habité à la Ian Curtis, en pantalon rougeâtre trop grand et un tee shirt qui a eu plusieurs vies, Ross (batterie, percussion, fanatique), rouquin mutique, Faley (basse), dans un look intégral de métalleux tendance légèrement hippie qui aurait pu jouer dans le nanar Radio Rebels et Potter (synthétiseur, sampleur), légèrement bedonnant et le cheveux gras, tous très préoccupés peu avant leur concert espagnol. Il leur manque des câbles et le son de leur balance n'est pas au point. Perfectionnistes, soucieux, ils tiennent à faire les choses dans les règles. L'interview prévue à 19h aura finalement lieu à 1h, dans le hall de leur hôtel. Et au lieu d'y arriver bourrés, ou dans un état déliquescent, ce sont quatre jeunes hommes acérés, patients, et tout ce qu'il y a de plus intelligents qui se présentent à nous. Première chose qui frappe, le contraste (frôlant la contradiction) saisissant entre leur jeune âge (ils entament à peine la vingtaine, mais en paraissent 15), leurs bouilles d'idiots du village et l'originalité très mature de leurs réponses.
Ils auraient pu, pour commencer, nous dire qu'ils s'étaient formés, en 2005, pour épater les filles et boire à l'œil. Mais Sam dément fermement : « J'ai rencontré Faley, quand j'avais vraiment vraiment besoin d'herbe et Ross en classe de science, on s'est retrouvé autour de notre humour absurde. C'est drôle de penser que nous nous sommes rencontrés en classe de science, car notre association en groupe a été une réaction chimique à la médiocrité de beaucoup de groupes anglais indie qui trouvent une formule et s'y tiennent fermement, reproduisant le même schéma pour toutes leurs chansons. Nous abordons la musique comme des scientifiques. Nous disséquons ses différents ingrédients pour découvrir de nouvelles choses en musique, et expérimenter de nouvelles formules. »
Autres originalité chez ces scientifiques pop d'un nouveau genre, ils n'ont pas grandi dans la capitale, Londres, la ville de la nu-rave et des Libertines. Ca aurait nourri la hype et le mythe. Mais mieux, ils viennent « d'un petit village appellé Castle Donington et on a découvert la musique live en s'échappant au Liars Club, à Nottingham alors qu'on était mineurs, raconte Potter. L'offre musicale live a toujours été très limitée là bas. On y a vu quand même Franz Ferdinand, Cut Copy ou Art Brut ainsi que des DJs comme Hell. Mais sinon, on était plutôt vierges de tout. Aujourd'hui, on vit tous les quatre dans une maison, en rase campagne, dans les Midlands, près de la forêt de Nottingham. On ne peut pas vivre dans une ville. Nous détestons Londres, si on y avait vécu on aurait totalement pété les plombs ou alors on serait restés enfermés entre quatre murs. On a besoin de vivre à la campagne et de pouvoir laisser vagabonder notre esprit. Le bruit que l'on traduit dans notre musique vient de cette nature. Et le vide qui y règne nous permet de penser et de faire fonctionner l'imagination. On ne regarde pas non plus la TV, on reste chez nous à discuter jusqu'à pas d'heure. On écrit aussi beaucoup de poésie ou d'histoires dans lesquelles on teste notre sens d'humour, et après on se les fait lire. En fait, nous sommes un peu comme des personnages de Spike Milligan. » Spike Milligan, c'est ce comique et comédien anglais génial (décédé en 2002) qui inspira les Monty Python et Perter Sellers. Il écrivait des choses comme « Remède contre le mal de mer : asseyez-vous sous un arbre.» Une phrase qu'un Late Of The pier aurait pu écrire. Leur chanteur trouvant par exemple la pochette de leur cd promo (un logo sur fond bleu) « belle comme une pâtisserie » et comparant leur musique « au bruit émanant d'une poupée de porcelaine mangée par des alligators. »
Chaos pop et chaîne porno
Qu'on se le dise, les LOTP sont des originaux, à l'image de leurs idoles qui en sont ni des Bowie, ni des Morrissey. « On n'est pas trop intéressés par les personnes célèbres. Ce qui nous inspirent, ce sont des gars de notre village, des excentriques. Beaucoup d'alcooliques de notre village sont nos héros, raconte Potter. Jay Austin est l'un d'eux, un type toujours ivre qui a des histoires en pagaille ou un vieil Irlandais appelé Nelly, qui est comme un grand enfant réclamant un gros jouet. A chaque fois qu'on lui réclame un peu d'argent ou qu'un truc lui plaît pas, il hurle et pleurniche; Il est très charmant, c'est un personnage. On adore d'ailleurs les chansons qui parlent de personnages comme « Sexy Sadie » ou « Lovely Rita » des Beatles, un de nos groupes préférés. »
Mais attention, Late Of The Pier n'a ni l'élasticité pop des Beatles, ni l'évidence sonique, il préfère le chaos et concède facilement sa difficulté d'accès. « Late Of The Pier ne signifie rien. Tout comme Fantasy Black Channel, ce sont des non-sens, avoue Ross. Pour le titre de l'album, c'est à la fois l'écran noir sur lequel tu peux laisser ton imagination vagabonder et une chaine de TV porno qu'avec des blacks. On laisse l'auditeur choisir, selon la tournure de son esprit plus ou moins malade. C'est vital pour nous de laisser les champs ouverts. Ca correspond au fait qu'on ne pense que la musique doit se laisser appréhender en termes de frontières ou de genre. Elle devrait être laïque! On nous a reproché de ne pas pouvoir nous cerner, de passer d'un morceau à l'autre, à un style complètement différent. On ne peut pas nous classer parce que notre approche de la musique n'est pas de s'inscrire dans une tradition. On part d'un beat, et on le suit, et puis on fait très souvent marche arrière, dès qu'une mélodie part trop dans un genre précis. Ça doit être un peu frustrant pour les fans, c'est vrai. Mais c'est dangereux d'avoir un cadre et de s'y appuyer, c'est comme s'endormir au travail. »
Fin de règne
C'est que le quatuor semble appartenir à une nouvelle race du rock anglais. Là où les grands frères (Libertines) avaient pour maitre étalon les 70's, ses guitares simplissimes et ses textes qui causent principalement de filles et de drogues, les Mystery Jets, Friendly Fires et autres Metronomy ont décidé de compliquer la pop. « Il y a en effet des similitudes entre nous et ces groupes, confirme Sam. On est pas intéressés par le format 3 minutes à tout prix. On aime l'idée que sans raison apparente, la mélodie se barre et prenne un autre chemin. Peut-être, que ça vient de notre génération, qui essaye de détruire des choses déjà entendues, et d'en essayer d'autres. On était d'ailleurs embarrassés de découvrir que nos démarches se ressemblaient autant, sans nous être concertés, avec Metronomy. On admire la manière dont ils utilisent des synthés, non pas pour être trendy mais pour obtenir des sons particuliers qui ne peuvent pas être utilisés avec d'autres instruments. Leur musique semble dire à toute une génération précédente : n'essayer pas de coller à une étiquette, prenez le risque d'être vous même, de ne pas sonner comme les autres, déposez les uniformes, C'est une ode à la difference.”
Différents, étranges, déroutants, LOTP poursuivent l'œuvre de Klaxons et d'autres groupes étiquetés nu rave dans le mariage d'éléments dance et d'énergie punk pop mais vont plus encore plus loin lorsqu'ils enchevêtrent claviers, guitares, saxo et trompette, et tout un tas d'autres sons bizarroïdes empêchant toute tentative de classification. La formule magique « dance punk » ne suffit plus. Late Of The Pier ne s'appelle peut être pas « La fin de la jetée » pour rien. C'est la fin d'un règne dont leurs mélodies over-mutantes sonnent le glas. Celui des tribus, des clans et des combats de sang, des mods aux clubeurs fluo en passant par les goths. L’histoire musicale anglaise atteint ici peut-être l'une des ses phases les plus passionnantes. Il y a eu les corbeaux d'Editors reflétant le moral des ados au plus bas, puis la nu-rave en réaction hédoniste aux idées noires et finalement la digestion de tout ça. Thèse, antithèse, synthèse. « La vie est dure » ou « le suicide est dans mon sang » chante Late Of The Pier sur des mélodie de synthé qui ferait danser un mort. Il y a là la rage désespérée d'un certain rock anglais d'héritage new-wave et l'optimisme dansant de la relève, et puis des choses encore jamais entendues, comme danser sous les bombes, en scrutant de nouvelles planètes, en quelque sorte.
Alors pendant que certains croient encore que Late Of The Pier est une simple marotte pour branchés consuméristes, les quatre « idiots du village » écrivent sans doute la B.O de leur temps. Comme Joy Division, à son époque écrivit celle des 80's, soundtrack à la fois sombre et lumineuse, désespérée et galvanisante, une musique de mort et de vie.

lundi 28 juillet 2008

Dave Gahan - Contre La Montre (Tsugi octobre 2007)

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Texte : Violaine Schütz

Dave Gahan
Contre la montre

28 mai 1996 : Dave Gahan est déclaré mort pendant deux minutes suite à une overdose d’héroïne et de cocaïne dans une chambre d’hôtel de Los Angeles. Après ça, les chansons du groupe d’électro-pop culte Depeche Mode dont il est le leader, ne seront plus jamais les mêmes…Dave non plus.

C’est un homme à l’élégance racée, tout de noir vêtu comme le Johnny Cash de la fin, qui prépare-lui-même- le café pour les journalistes dans la suite de son hôtel chic près du quartier de l’Opéra. Etrangement doux et posé, avec quelque chose de vaguement inquiet dans le regard bleuté, le chanteur de Depeche Mode, clean depuis onze ans, peut souffler : il vient d’accoucher d’un album solo d’une rare beauté, Hourglass.

Isolation

Sur le premier single qui en est extrait, « Kingdom », remixé notamment par Digitalism, Gahan se demande s’il y a un Dieu, un Royaume au-delà. Si Paper Monsters, son premier album solo sorti en 2003, mettait à vif les démons avec lesquels la rock star a eu à dealer coté vie privée, Hourglass (sablier), lui, pousse à croire en quelque chose, et arrête le temps. « Le temps joue contre moi, je me fais vieux, explique Dave. Mais j’ai tellement perdu d’heures à m’angoisser, à ne rien arriver à faire parce que je me dégoutais, que je ne voulais pas me laisser –encore- happer par le sablier. Je me suis trop longtemps battu contre la montre, à essayer d’en faire le plus possible sans trouver ma place. »
Longtemps confiné au rang de sex symbole et d’entertainer dans Depeche Mode, où Martin Gore composait tout, Dave a enfin signé ses deux premières chansons sur le dernier album de Depeche Mode, Playing The Angel en 2005. Cela aurait pu lui donner confiance, mais il n’en est rien. Pour Dave, la pop-musique est un combat continu. « La musique est une manière de travailler sur la vision négative que j’ai de moi, comme quand j’étais plus jeune, et que je peignais tout le temps, ce que j’ai arrêté de faire il y a 10 ans. J’avais besoin de sortir, de voir le monde. C’est facile pour moi d’être seul mais c’est très dangereux pour moi d’être enfermé dans une chambre. New York, où je vis aujourd’hui, est un bon endroit pour moi, et ça a influencé les nouvelles chansons. Le studio d’enregistrement se trouvait dans une petite rue très bruyante, très animée. Quand j’étais à Los Angeles, je pouvais prendre la voiture et conduire pendant des heures, sans voir personne, dans l’isolement totale. A New-York, il y a du monde partout, même la nuit ! Ca me force à réaliser qu’il y a plein de choses et pas que moi au monde (rires) ! J’aime aussi m’asseoir dans des coffee shops de NY, et regarder les gens, m’imaginer leurs vies. J’aime la vie, je suis juste effrayé par les gens. »

Middle class hero

Effrayé, Gahan, l’est depuis toujours. Né de parents chrétiens appartenant à la classe moyenne, David avait 6 ans quand son père a quitté la maison. Remariée, la mère de Dave donna à ses enfants l’impression que son second époux était leur vrai père. Mais en 1972, ce dernier meurt alors que Dave a 10 ans. Gahan ne s’en remet pas et devient un vrai bad boy, adepte du vol de bagnoles, de la tire à l’étalage et du graffiti sur immeubles, qui lui valurent de nombreux détours par la cour avant ses 14 ans. Il enchaîna ensuite les petits jobs (plus d’une vingtaine) comme celui de vendeur de boissons fraîches. Jusqu’à ce fameux jour de 1980, où il rencontra les autres membres de Depeche Mode, qui devint peu à peu le groupe majeur que l’on connaît aujourd’hui. « La vérité, c’est que ma vie est super, et que je n’ai pas à m’en plaindre, confie Dave, et que je suis reconnaissant pour toutes les opportunités, mais c’est dans ma nature, il y a toujours cette épine, cette insatisfaction. Je continue à envier ces gens qui semblent prendre les choses comme elles viennent, je n’ai pas dû avoir le bon livre petit, à l’école, celui qui apprend le contentement. (rires)».

Il n’y a pourtant de quoi être fier. Hourglass, sans réinventer la formule magique de Depeche Mode – ce clivage entre claviers industriels et sonorités électroniques contrebalancés par une voix de baryton, presque gospel, qui n’a jamais sonné aussi soulful et profonde que maintenant. A 45 ans, Dave Gahan n’est plus le garçon coiffeur d’un groupe à succès, mais semble avoir trouvé une toute autre voix. « C’est mon album le plus personnel dans le sens où j’ai essayé de savoir qui j’étais exactement, où j’en étais. Je ne pouvais pas y arriver si je restais en surface, j’avais besoin de fouiller à l’intérieur, pour renouer avec l’espoir à propos de ce que je deviens. Quand j’écoute de la musique, j’ai besoin de croire que la personne est en train de me parler, et si elle ne fait rien pour moi, même si la musique est sublime, je ne peux pas l’écouter. Pour moi, la musique aide à identifier des choses, à y voir son propre cynisme, comme dans un miroir. J’ai regardé dans le miroir pendant très longtemps, sans jamais rien y voir d’autre que du vide. C’était terrifiant ! La musique que j’aime c’est celle qui donne le sentiment de ne pas être seul, comme l’ont fait Johnny Cash, Billie Holiday, Ian Curtis, Nick Cave. » Il faudra désormais ajouter Dave Gahan à la liste des compagnons de route à valeur salutaire.

Hourglass (Mute/Virgin)

vendredi 25 juillet 2008

Interview clubbing de Jared Leto - juin 2007

 


Texte : Violaine Schütz 

Jared Leto Hollywood Story 

 Qui dit mieux ? Cameron Diaz, Scarlett Johansson et Lindsay Lohan dans son lit. Requiem for a Dream, Fight Club et American Psycho sur le CV ciné. Et un petit groupe emo-hardcore-teenage pour occuper les 10 minutes de temps libre restant au bel acteur hollywoodien Jared Leto. Sans compter que cet ex étudiant en peinture est totalement perché. Juste avant notre entrevue, ses attachés de presse s’arrachent les cheveux. On prévient que le manager présent pendant les interviews coupe les questions stupides. Ca s’annonce mal ! Dragueur, capricieux et mégalo, on est pourtant près à tout lui pardonner à Jared. Parce que l’enfant roi (de 36 ans) d’Hollywood, que toutes les minettes du monde aiment d’amour depuis son rôle dans la série culte Angela 15 ans, sort en club, aime Squarepusher et connaît Plastikman. Si ça, ça valait pas une entorse à ce numéro 100% british, on n’y connaît rien ! Premier souvenir clubbing? J’étais très jeune, j’avais 14 ans. C’était un club new-wave punk culte de Washington appelé le « Poseurs ». Il y avait plein de mods, goths et de pd’s : une faune fascinante ! C’était très excitant comme expérience, le club à cet âge là, tu vas au bout de ton individualité en dansant et en allant jusqu’au bout des choses. Le pire souvenir ? Tomo, guitariste du groupe de Jared, 30 Seconds To Mars : On ne pense pas aux choses négatives. Jared (ne répondant pas à ma question et regardant son camarade amoureusement.) Tu es très belle et très gentille, Tomo (en français). Ma chérie, je t’aime. Que puis je faire d’autre que t’aimer. (Il chante) « Je t’aime chéri, je t’aime... » Tu veux savoir la première fois qu’on s’est rencontrés ? J’étais sur la plage, en train de bronzer et de m’étirer comme mon thérapeute me l’a indiqué pour garder mon corps souple. Et là, alors que je me tenais dans la position du chien du yoga, j’ai vu un jeune Dieu grec arriver par-dessus mon épaule avec ce visage frais pas encore exposé aux turpitudes du monde. Je l’ai mis dans ma valise comme un chien. Et on a péché sous les étoiles. C’était une expérience très romantique. Premiers disques achetés ? The Cure. Robert Smith est un génie, il avait les les mots justes. C’est un poète. J’écoutais beaucoup de new-wave jeune comme A flock of seagulls, Japan, the Cars ou Joy Division que j’ai découvert plus tard. Je suis très nostalgique de tout ça. Tu aimes la musique électronique? (Jared me prend la main et me dit très sérieusement) Tu devrais faire attention, je trouve que tu bois trop vite tes bulles de Coca. Ca pourrait te tuer. J’aime Squarepusher, Aphex Twin, Royksopp et The Knife, Air, et la house music oldschool. Personne ne le sait, mais j’étais un kid habitué des clubs house new-yorkais. L’an dernier, l’album solo de Thom Yorke m’a vraiment plu, et Juan Atkins et Plastikman me rendent fou ! Sinon Air et Jean-Michel Jarre me font rire. On a aussi repris « Hunter » de Björk. Vous êtes sortis à Paris ? Oui, au Paris Paris et au Baron. On s’est bien éclaté. Ah bon, ce n’est pas ce que m’a dit votre attaché de presse. (Jared sort de la pièce sans crier gare et hurle à l’attachée de presse.) Bénédicte, pourquoi tu as dit à la presse qu’on ne s’était pas amusés au Paris Paris ? Bénedicte, terrifiée : Pardon. J : On étaient malades c’est pour ça qu’on n’est pas restés longtemps. On retourne au Baron demain pour se rattraper ! Et ne me cause pas de problème ! Tu ferais mieux d’être plus gentille avec moi. La meilleure fête de votre vie ? Tomo : Je suis de Detroit, et là-bas il y a un énorme festival électronique qui s’appelle The Detroit electronic music festival. La première année où il a eu lieu, tous les gros Dj’s de Detroit se sont réunis comme Carl Craig. Je me suis vraiment mis une race de malade, j’ai souri toute la soirée et j’ai vraiment mal fini. J : Ca devait être monstrueux, j’ai pas mieux ! (Il s'adresse à moi : J’aime tes cheveux. J’adore ta frange. Elle me rappelle ma mère...) Ton truc contre la gueule de bois ? Yoga, méditation. Je suis straight-edge Madame. (On veut bien connaître la marque des germes de blé, ndr.) Il prend un regard de junkie fixe (Pour préparer le tournage de requiem for a dream , l'acteur s'est délesté au passage de douze kilos, s'évanouissait de faim, a fait un séjour dans la rue auprès de toxicomanes, et a failli devenir fou (il a notamment arrêté le sexe pendant deux mois). 30 Seconds to Mars - Beautiful Lie (Virgin/EMI)