dimanche 8 novembre 2009

Thieves Like Us (article publié dans TSUGI n°14)

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Thieves Like Us
Association de bienfaiteurs

Texte : Violaine Schütz

Ce trio américano-suédois a volé son nom à une chanson de New Order et ont commis le crime d'un premier album de dance pop émotionnelle à contre courant des valeurs électro banger dominantes. C'est sûr, les Thieves Like Us nous veulent du bien.

A une époque où il fait mauvais être faible, fragile et pop, les Thieves Like Us prennent des risques. Leur premier album, Play Music, enregistré entre New York, Berlin, Vienne, Londres, Rio et Stockholm, est un disque d'exilé, d'outsiders, de rebelles, avec beaucoup d'histoires d'amour malheureuses, d'addictions qui rendent down, et de lendemains de teuf qui déchantent. On y trouve aussi des couplets et des refrains qui tuent comme on en fait plus depuis New Order, des paroles magnifiques, et des sons qui voient loin, croisant atmosphères shoegazing, électronica expérimentale, et pop émotionnelle avec un brin de groove hip hop et de prod disco. Bref, Thieves Like Us sont des marginaux, avec des ambitions démesurées et des chansons à la hauteur.

Il faut dire que leur histoire a débuté à mille années lumières des débuts classiques des groupes indie dance d'aujourd'hui. « On s'est rencontrés lors d'un pic-nic dans un parc berlinois en 2002, Andy jouait du Wagner sur son ghettoblaster, à fond, c'était quand même le compositeur préféré d'Hitler, ce qui faisait très mauvais effet sur nos voisins. Nous nous sommes aimés tout de suite peut être parce que nous étions tous les trois des exilés, Bjorn (claviers) et étant suédois et Andy, américain » raconte Pontus, batteur blond de 31 ans. « Quand nous étions à Berlin, nous étions totalement à l'ouest, poursuit Andy, le chanteur belle gueule du groupe. On a commencé à beaucoup sortir, à se droguer et à mixer. Nous étions de très mauvais dj's, on endormait les gens et on buvait beaucoup trop. Et puis on ne passait pas de techno, alors que les Allemands ne juraient que par la minimal super underground. Nous, on jouait les disques de Factory, de l'italo disco, du krautrock, du hip-hop, du Alan Braxe et pire : de la pop! Puis on a débuté le groupe car on trouvait pas de groupes électro bien à Berlin. Nos débuts ont été difficiles: aucun label ne voulait de nous, on a fini par déménager à Paris. »

Play Music porte les stigmates de ces débuts désaxés. « On a intitulé l'album Play Music pour dire qu'on joue avec de vrais instruments, que ce n'est pas juste un album laptop, prévient Andy. Si on devait avoir une mission, ce serait d'apporter un sujet et du sens à la musique dance. Ça date déjà de Peaches, qui fait ça très bien, mais les musiciens dance sont devenus paresseux. Ils ripent un logiciel, oublient d'écrire une mélodie, ne font pas appel à des instruments live et collent deux mots dessus. Ils n'ont rien à dire, or les paroles, c'est très important, c'est pour ça qu'on a imprimé les nôtres sur le disque. Personne n'a de paroles aujourd'hui, juste deux lignes. « Homecoming» des Teenagers c'est très fun quand tu l'entends la première fois, après ça devient ennuyeux, on dirait des disserts de lycée. Et puis côté musique, on se sent vraiment proche de personne. Justice? C'est du black métal pour machos catholiques, soit la musique la moins romantique du monde. Et la post-new-rave, juste de l'agression. »

Encore un truc qui prouve que Thieves Like Us ne sont pas un pas un groupe comme les autres : ils balancent un max!

Play Music (Sea You records)
www.myspace.com/thieveslikeus

Une nuit avec Philippe Katerine (publié dans le TSUGI n°4)

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texte de Violaine Schütz

L’inénarrable Katerine, chanteur-compositeur-réalisateur et dessinateur compte prochainement se présenter aux élections législatives. Son parti épicurien (le premier sur Paris) a pour programme les 3 « B » : bouffer, boire, baiser. « Il y aura plein de monde. Et pas que des lumières, crois-moi ! » Après une nuit avec lui, on adhère tout de suite.

A 18h j’aime bien regarder un film. C’est mon heure pour regarder un film. L’autre jour, j’ai regardé Dodge Ball avec Ben Stiller, un long métrage sur la balle au prisonnier, vraiment débile comme j’aime bien. A 18h j’apprécie un truc débile. Et j’aime bien regarder des gens qui bougent sur un écran. Il faut être accompagné à 18h, j’aime pas être seul à cette heure là, surtout pas. Après 18h, j’ai horreur de la solitude, l’aprèm ça me dérange pas.

Après vers 20h, apéritif, avec ma fille de 14 ans. Ma fille je la fais boire, bien sûr, énormément pour qu’elle se couche tôt, et qu’elle s’endorme tout de suite. C’est comme ça que j’envisage l’éducation. Si je suis avec un ami, on picole en parlant du film et en refaisant le monde. A 18h, je suis plutôt vin blanc, surtout pas de couleur. Il faut exclure le Jet 27 ou le Martini, donc. Clope sur clope, au moins trois ou 4 d’affilée. Après parler, parler, beaucoup parler. Il y a un énorme besoin de parler.

Ensuite, il faut manger. J’aime le restaurant. Je mange seul sur le zinc, dos à la clientèle, devant les garçons, habillés de blanc. Il faut que ce soit blanc la nuit, d’où le vin blanc, et j’ai mes adresses où les garçons sont en blanc.

Fin de soirée, j’ai besoin d’écouter de la musique. Surtout pas seul. J’appelle un camarade pour qu’il en écoute avec moi parce que seul je ne peux pas. Je lui dis : viens, on écoute de la musique. S’il est libre, on se fait un petit disque. The Go Team ! ou Bach. Surtout ne pas parler. Il peut y avoir de la danse ou de la substance ; Période blanche ! Et après on parle jusqu’à point d’heure d’un disque, mais tu sais, quand on parle d’un disque, on parle de tout, donc ça peut aller jusqu’au bout de la nuit. Parler d’un disque nous amène à nos situations sentimentales, professionnelles, psychiatriques.

Minuit. On peut appeler un autre camarade et commencer à danser car on est énervés d’être dans un fauteuil. Il y a un besoin de bouger. Alors là, j’ai une balle chez moi. On se fait un foot dans le couloir. Ca fait beaucoup dégâts, on met l’appartement à sac, mais c’est pas grave. Le sport, ça peut durer une heure. C’est la régression complète.

1h, c’est l’heure de la douche collective obligatoire. Après on s’embrasse, c’est mignon comme tout ; Je leur montre mes habits, on s’échange des habits-plutôt que des avis-, on se déguise.

A 2 h, on sort en boîte. Au Baron ou au Paris Paris. Je mets une fausse barbe ou une petite cape blanche. Je ne danse pas sur tout. Ah non. La chanson française, j’aime pas trop. Je danse sur le disco, les Bee Gees ou des choses plus minimales, comme de l’italo disco. Ca fait rêver. T’as l’impression d’être au Mexique. Alors là, c’est Pina Colada. Blanc toujours.

A 6 h, une fois que j’ai bien dansé, je rentre à pied, peut importe où je suis. Ce que j’aime c’est voir les gens qui vont travailler. Ils ont un objectif et moi non. Et ça, ça me plaît beaucoup. Ce sont des grands moments, délicieux. Car ils vont plus vite que moi, l’éternel touriste. C’est là que mon corps me dit : « va te coucher, s’il te plait ».

Ce que j’aime bien au petit matin, c’est la limonade. Après, je vais dormir chez moi, nu et fais des rêves géniaux. Je rêve d’enfouissement : je suis caché dans de la neige ou un bain de lait, un truc blanc et j’observe des gens en train d’avoir des accidents. Et ça me fait marrer. T’es ridicule quand t’as un accident ; Oui, j’ai de la cruauté en moi et faut pas la retenir. La cruauté, il faut la choyer.

Studio Live (Barclay/Universal) //// DVD Border Live (Barclay/Universal)

mercredi 30 septembre 2009

Cha Cha


Article paru dans le premier numéro du magazine de l'excellent Cha Cha club, Siamois,gratuit sur place

Ils ont changé ma musique ! Il y a dix ans, quand on était adolescent, il fallait choisir son camp et s’y cantonner sous peine de lynchage sévère à la sortie du lycée. Freak à lunettes de nerd écoutant de l’indie-rock, métalleux boutonneux à tee-shirt Slayer (ancêtre des « beaux gosses » de Riad Sattouf), racaille en herbe amateur de rap graveleux à tendance misogyne. Chacun sa tribu, sa famille, sa patrie, son clan et il était hors de question qu’un fan de dance fricote avec une amoureuse de Nick Cave ou que -pire que tout- que la groupie de Radiohead embrasse le beau surfeur qui écoute sur FG de la dance de supermarché. Dieu nous en garde, les meilleurs potes aussi. Depuis, Justice a écrit un hymne techno avec des chœurs disco-soul-r’n’b, tout en affichant un look clairement heavy-métal et playlistant France Gall dans ses sets, Yuksek ressemble à un étudiant en école de commerce à la mèche pop mais il fait des tubes techno qui passent même au Macumba et se paye le luxe de remixer la star hip-hop Booba. Quant aux jeunes pousses de l’électro (la fameuse french touch 2.0), ils mangent à tous les râteliers musicaux : r’n’b, krautrock, folk, pop, électronica. Il faut dire que Daft Punk, Soulwax et James Murphy sont passés par là. A l’heure des crossovers, tout le monde est dj sur deezer (ce qui rend d’ailleurs certaines soirées en appart absolument infréquentables pour peu qu’un des convives ait un faible pour Helene Segara) et n’importe quel kid de 15 ans peut avoir accès en une après midi à cinquante ans de musique d’un clic de souris. Avouons le : plus aucune barrière ne sépare le mainstream de l’underground : tout le monde veut payer cent euros pour voir Britney ou Madonna en concert, même le fan hardcore d’Animal Collective et le collectionneur de New Order. Symptôme de l’époque de paix exacerbée : il y a dix ans Phoenix choquait la France entière et déchaînait la critique avec un disque, United (2000), adepte de mélanges en tout genre. Aujourd’hui, leur mix de pop-rock-funk-dance aussi mélancolique qu’euphorique semble terriblement moderne et le groupe plaît à tout le monde, même à papi et mamie. Alors que faire, où se situe la rébellion quand il n’y a plus de chapelle mais une réunification des peuples sous la boule à facettes. Comment innover quand tout a été fait ? Contre qui ou quoi se révolter quand ton père te réclame les derniers édits de Pilooski au lieu de se concentrer sur les inédits de Georges Moustaki ? Certes, c’est un immense pas pour l’histoire de la musique de savoir qu’on peut aimer la musique classique au même titre que le rock de stade sans que personne n’y trouve rien à redire, ou qu’on peut sortir avec un fan de U2 sans mentir à son meilleur pote qui adore Mr Oizo parce que ces derniers ont été remixés par Fred Falke ou encore qu’on peut avouer dans un dîner, danser sur « Just Dance » de Lady Gaga parce que la blondasse eurodance a fait la couv’ des Inrocks. Mais, tout fan de Justice que l’on est, ne faut-il pas regretter le temps où aimer un groupe de house tropicaliste new-yorkais inconnu de tous nous isolait du monde entier, où on était le seul à chérir ce trio de post-rock bordelais car on avait trouvé le disque chez le disquaire du coin à 50 francs, où l’on se fâchait à vie avec un ami car il avait acheté le cd single de tube de l’été à la con. A l’époque, la musique était une affaire sérieuse. On n’était pas là pour rigoler. Hypemachine et les mp3 ont aujourd’hui tué le romantisme musical. Alors posons sérieusement la question : de quoi sera fait le son du futur ? Maintenant que toutes les passerelles ont été franchies, quelle sera la musique de demain ? Autres temps, autres mœurs, au XVIIeme siècle, quand ni Pitchfork ni l’ami Tekilatex n’existaient, Blaise Pascal écrivait à propos du reste de l’univers « le silence éternel de ces espaces infinis m'effraie ». Face à l’infini des possibles musicaux devant lesquels 2010 nous place, on pourrait affirmer que ces derniers nous effraient, autant qu’ils nous excitent...

Violaine Schütz


mercredi 2 septembre 2009

Papier paru dans le TSUGI n°16 - février 2009

Dix conseils aux producteurs pour sortir de l'ombre

Par Violaine Schütz

« Mais pourquoi vous ne parlez pas de moi ? » Cette question irritante, on l'a beaucoup entendu depuis notre arrivée dans la presse musicale. Mais contrairement aux idées reçues, il ne faut pas être forcément « fluo-glam-hype » pour retenir l'attention. En plus de tracks qui tuent, voici quelques trucs et astuces « à la con » qui ont pourtant fait leur preuve.

Adopter un nom racoleur

Simone elle est bonne, Sexy sushi, Pink Stallone, Minitel Rose, c'est toujours mieux que Dupont et Durand. Le mieux étant que le nom corresponde à la musique enfantée, à l'instar du groupe parisien post electroclah turbulent We Are Enfant terrible, menée par la jolie Clothilde. Cette dernière explique : « Je lisais un bouquin en anglais ou l'expression ENFANT TERRIBLE était utilisée en français dans le texte et je me suis dit que c'était une chouette expression universelle et que ce serait un nom de groupe terrible et facile à retenir. Par la suite, comme Enfant Terrible était déjà utilisé, on a rajouté « we are » devant pour devenir pour aboutir à We are Enfant Terrible », dont l'imagerie ressemble bien à ce joyeux bordel organisé qu'est devenu le groupe ».

Ni fait ni à faire : « The nazis sisters », à moins de faire du death metal skinhead.


Trouver un concept

Les cagoules de South Central, les lumières rondes à un « pound » de Metronomy, les masques de Daft Punk, le casque sur les yeux de Boyz noize, l'essentiel c'est de marquer les esprits. Et l'on écoutera toujours plus facilement un duo formé de deux frères jumeaux adeptes d'électro berbère et de lancer de nains sur scène, qu'un type seul derrière son laptop spécialiste du port de baggy et du low profile. Oui, la vie est injuste, mais Yelle attire plus l'œil du nerd en mal de libido dans sa son total attirail fluo, que lorsque sous le nom de Julie Budet, elle portait le cheveu long et le fûte informe.

Ni faire ni à faire : le groupe qui n'est qu'un concept comme tous ceux qui se contentent de deux sapes de chez farce et attrape et d'un Atari.

Écrire une fausse bio

On a beaucoup lu : « A commencé au skate park puis découvre cubase sur l'ordi familial ». Au bout d'un moment, on se lasse, comme d'un vieux disque rayé. Pour titiller la libido du journaleux fatigué, inventer vous une vie. A l'image des Residents qui avaient confié l'écriture d'une fausse bio au créateur des Simpsons, imaginer vous des accidents ou des faits marquants. OU carrément racontez la vous, comme le producteur No Kiss With Gloss qui affirme avoir refusé un baiser de Scarlett Johansson. Notre exemple favori reste celui de Cobra (www.myspace.com/06130enforce), groupe de punk français, qui affirme sur son myspace : « Outrage et destruction, tels sont les mots qui depuis 20 ans (le groupe s'est formé en 1984 à Grasse 06130) caractérisent le mieux le groupe Cobra. 20 années au cours desquelles Cobra (connu dans les premiers temps sous le nom d'Asterix au Pays du Blues) accumule albums brillants et concerts flamboyants. (...) Cobra sait parler aux jeunes, il sait aussi les écouter et les comprendre. Il faut dire que chaque acte du groupe est dicté par Lucifer. Plus encore, c'est bel et bien le Maître en personne qui s'exprime par leurs bouches, par leurs instruments, par leurs corps en transe. » Du lourd!

Ni fait ni à faire : rien, ici, tout est permis.


Devenir adepte du micro blogging (le fameux statut facebook)

Même si c'est devenue toute notre vie, ne jamais sous-estimer la force du net dans la réussite. Greg du duo parisien banger Make The Girl Dance raconte ainsi : « les obstacles pour réussir ce sont le parisianisme, les clans, ce côté très français de garder son cercle de potes fermé. Internet m'as permis de voir qu'il y avait autre chose derrière le périph' et que le matos que j'utilisais pouvais être différent de ce que je trouvais à Pigalle.» Mais Myspace, c'est du passé, so 2006 même. Le présent, c'est l'ami facebook, et surtout ses fameuses « punchlines ». Le must ? Annoncer dans son statut qu'on est en train de créer un pur morceau, ou qu'on donne un concert le soir même. Il faut aussi, si on veut percer bien sûr, créer des event facebooks où l'on invite tous ses meilleurs amis -virtuels- à venir découvrir live notre grande œuvre (entendre par là « démo »). Bien aussi, le réseau Twitter, où l'on trouve les Marseillais de Stereheroes, ou les français exilés à Londres, The Teenagers qui tiennent au courant tout le monde de leur activité en inscrivant des « statuts » rigolos.

Ni fait ni à faire : harceler son monde en envoyant 10 bulletins par jour façon spam pour élargir son pénis.

Bien emballer sa démo

A l'heure du mp3 où la plupart du temps on reçoit un zshare impersonnel, ou un lien myspace, on préféra à l'énième cd r à pochette photocopiée l'attention d'un objet cadeau. On se souvient ainsi, ému, de la berlinoise Miss Platnum envoyant ses mp3 dans une pochette de bonbons contenant une clé usb en forme de friandise au milieu de vraies fraises tagada, ou dans le même genre, du trio parisien post-punk Candy Clash, joignant à son maxi une sucette en forme de cœur. Le bel objet fait toujours son petit effet en période de disette (cette putain de crise) à l'image du « Tonight » de Yuksek et son format 45t, ou du mange disque orange des poppeux de ALB. C'est un fait avéré : le pauvre pigiste précaire aime les cadeaux.

Ni fait ni à faire : joindre au cd un préservatif au nom du groupe.

Etre gentil avec la presse

Le vieil adage « il faut coucher pour réussir » a la dent (pour ne pas dire autre chose) dure, et l'on sait que beaucoup de groupies mâles et femelles sont aussi dj's et musiciens. Mais l'idée est plutôt de payer un coup au journaliste, au blogger ou de complimenter sur sa mise le gars de maison de disques, sans en faire des tonnes non plus, plutôt que de l'alpaguer, de le harceler, voire de le kidnapper (la loi l'interdit) jusqu'à ce qu'il demande pitié et écrive, sous la torture, le précieux papier.

Ni fait ni à faire : Draguer le ou la journaliste pour avoir un titre sur le sampler Tsugi. Dans ce cas là, pensez à faire gigolo plutôt que Dj Hell.


mercredi 22 juillet 2009

Préface de mon livre sur Daft Punk paru chez Scali en juin 2008

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Eté 1997. Marseille. Les vacances. Je ne sors pas de chez moi, je hais la plage. Et la chaleur. Et ma ville. Cheveux noirs corbeaux, fringues impossibles, dépression chronique. J’ai 17 ans, quoi. Souvent, trop souvent, je me demande : mais qu’est-ce que je fous là ? Heureusement, il y a la musique. Et mon walkman, que je ne quitte jamais. Je suis alors en pleine période indie-rock. Cat Power, les Tindersticks, Nick Cave, PJ Harvey, Joy Division, de joyeux compagnons d’infortune. A part New Order, Björk, Massive Attack, Tricky et Portishead que je vénère et qui trempent un peu dans l’électro, la techno ne m’évoque alors rien de bien folichon. Et il ne faut pas me parler des clubs ! Ces lieux de débauche où la seule attraction se résume à la décoration : des baobabs en plastoc et une pauv’ boule à facette minuscule.

En fait, avant 97, la dance musique, ça me rappelait surtout des souvenirs que je tentais désespérément d’oublier. Ces boums de collège dans lesquelles j’allais tranquillement m’asseoir dans un coin, entre le punk à chien et la petite grosse à lunettes, incognito. J’attendais alors que ça se passe ou que quelque chose se passe, avec la forte impression de faire potiche à côté des minettes - à Marseille on les appelle les cagoles- se déhanchant dans leurs jeans délavés moulants et les couples à peine formés causant d’amour pour la vie et la mort en échangeant leur salive. Toutes ces fêtes adolescentes ressemblaient trop à la parade de chez Disneyland pour être tolérables. Pour moi, les musiques électroniques restaient à jamais associées à l’ambiance grenadine, cheap-house et Bontempi de ces calvaires sociaux, quand ce n’était pas des images de ces tarés de mon lycée qui écoutaient les compils de dance de M6 et celles des soirées trance-hardcore Thunderdome qui me revenaient à l’esprit. Pour résumer, c’est un euphémisme de dire que je ne suis pas née fluo-kid.

Depuis les boums donc, aller dans une fête ou écouter de la dance correspondait pour moi à une forme de suicide moral. Une telle dictature de la béatitude et de bonheur de façade, me rendait physiquement malade : teint pale, yeux vitreux. Et puis il y a eu cette nuit là, sans sommeil, où j’ai vu des robots bizarroïdes et des danseuses disco danser sur une plateforme sur fond de lumières de juke-box et de sons stroboscopiques. On venait d’harceler ma mère, avec ma sœur, pour avoir MTV. Rien que pour ce que j’allais y découvrir, ça valait la peine d’avoir cherché des jours entiers des arguments en béton armé. Vous vous souvenez de la première fois où vous avez écouté le « Smells like teen spirit » de Nirvana ? Le « Crazy in love » de Beyoncé ? Le « Billie Jean » de Michael Jackson ? Si oui, vous savez de quoi je parle. Cette incapacité à rester immobile, à raisonner ou à rester un minimum connecté au monde réel pour se retrouver totalement transporté par le beat. « Around The World » passait sur MTV. Et l’état comateux de demi-sommeil aidant, le pouvoir du corps sur l’esprit qui m’avait tant passionné chez les philosophes de tout bord que je lisais assidûment, se trouvait ici incarné en son et image. Une inflammation des sens, un endormissement immédiat de la conscience, une excitation irrémédiable des nerfs, trois minutes d’extase pure.

Je découvrais enfin sous les effets de ce tube et sans substance psychotrope, les joies du clubbing, du vrai, chez moi, devant ma télé. Mes pieds se mirent à trouver une vie propre, et tous mes beaux principes anti-house à vaciller considérablement lorsque je me mis à répéter bêtement « around the world, around the wooorld, na na na na na na ». Je ne savais pas encore tout ce qui s’ensuivrait. Mais (en vrac), après « Around The World », il y eut : la découverte de l’avantage de pouvoir parler aux garçons tout près de leurs visages à cause des musiques trop fortes, l’oubli de soi total, des séances d’hypnoses collectives et des émotions ultra sensorielles persos, des litres de BPM, une carrière de « dance-rock » critique débutée dans le fanzinat, mon amitié avec la Trax Team (devenu le Tsugi Crew), des « raves » éveillés, des nuits entières à effectuer d’improbables « moonwalks » sous les boules facettes de divers clubs de France et de Navarre, bref la Nuit en technicolor, le Monde qui s’ouvrait à moi…parfois aussi trippant que celui aperçu une nuit de 97 à travers les petits bleeps et les petites lumières du clip d’ « Around The World ».

Hercules And Love Affair - Papier paru en février 2008 dans le TSUGI n°6

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Hercules And Love Affair

Love vibrations

Texte de Violaine Schütz

Avec son premier album d’électro androgyne, émouvante et utopiste, le DJ new-yorkais Andrew Butler alias Hercules And Love Affair, dernière trouvaille du temple DFA, a réussi deux exploits : le coming-out dance d’Antony sans ses Johnsons et l’initialisation d’un revival disco qui pourrait faire tourner bien des boules à facette en 2008.

Après avoir donné dans l’intellect avec le dernier album d’Hot Chip, le label DFA fait dans le muscle. Hercules And Love Affair, intriguant projet à l’imagerie gay multiplie les références sulfureuses. Dans un premier album passionnant où se mêlent clins d’œil appuyés à la mythologie grecque, effluves funky du Studio 54, house de Chicago et électro pop 80’s, se joue une certaine idée du clubbing. Vintage, rêvée, cette piste de danse imaginaire croise la voix de Marc Almond aux beats des premiers disques de Factory, la puissance de Derrick May aux gimmicks des hymnes de dance de camping (des relents de Bronski Beat). Ces obsessions culminent sur le single « Blind », sommet d’électro intimiste mixant la voix transgenre mélancolique d’Antony Hegarty à une mélodie disco très éloignée du folk d’Antony And The Johnsons. C’est que l’oiseau blessé d’I am a bird now vole aujourd’hui vers d’autres cieux, les horizons colorés et bizarroïdes d’un certain Andrew Butler, l’homme qui se cache derrière Hercule et son histoire d’amour. Un mystère bien gardé dont on ne sait rien, à part qu’il vient de signer l’un des disques les plus attachants de ce début d’année.


Vierge effarouchée, satyre présumé et lutteur fatigué


Un clip, « Blind » dans lequel une jeune fille apeurée pénètre dans un paradis peuplé de créatures en toge, des flyers montrant des éphèbes en petite tenue, deux photos promos d’un grand roux baraqué au regard clair posant en chemise de bucheron ou costard, les bras croisés, tel un lutteur fatigué. Et puis cet album poussant à toutes les confusions, à tous les fantasmes dans lequel Hercule flirte avec tous les genres même les plus décriés (house soulful, disco funk 70’s, italo dark). Voici tout ce que l’on a sur Andy Butler. Et il y a là de quoi s’imaginer le producteur en satyre amateur des orgies païennes les plus débridées.

Mais lors de notre conversation au téléphone, Andy est plutôt du genre agneau. Un type réservé qui se raconte poliment : « J’ai grandi dans une famille conservatrice de Denver, explique-t-il. Chez nous, il y avait un piano, dont j’ai commencé à jouer très tôt avant de composer dessus. A l’âge de 10 ans, le choc ! Je me souviens avoir très marqué par un morceau de Yazoo. Je l’avais enregistré sur K7 et j’ai forcé mes parents à l’écouter. Ils se sont alors mis à crier : « Mais comment tu peux aimer un truc pareil, on ne sait même pas si c’est une fille ou un garçon qui chante ! ». Papa et maman ont beau désapprouver, les jeux sont faits. « Après ça, je me suis mis à sortir dans les clubs gays de Denver, et à 15 ans j’ai eu mes premières platines. J’ai mixé la même année pour la première fois dans une soirée house gay spéciale cuir. Je m’étais entraîné pendant deux mois, et au final je n’ai même pas pu terminer mon warm-up car la police a débarqué et j’ai du me cacher dans la salle de bain. »


Musiques de mariage


Heureusement, Andy ne restera pas sur cette expérience malheureuse. A New-York, Brooklyn plus précisément, où il réside aujourd’hui, c’est un Dj renommé qui n’assure pas que les warm-up. Avec son amie Kim Ann Foxman (qui chante « Athene » sur l’album), une créatrice de bijoux-djette il a fondé en 2002 le collectif DanceHomosDance qui organise régulièrement des soirées électro new wave-disco à thèmes rencontrant un certain succès. C’est pour ces fêtes qu’il commence à composer des tracks un peu démodés kaleïdescopant près de trente ans de dance musique. « Pendant longtemps, regrette Andrew, le disco et la new-wave ont été considérés comme de très mauvais goût, une musique à passer dans les mariages. Personnellement je ne me soucie pas de ce qui est à la mode ou pas. Je trouve qu’une musique qui a pour seul but celui de faire danser les gens est noble et légitime. » C’est qu’après les soirées cuir, Andy fut à jamais marqué par l’esprit rave. « La house entendue là-bas fut une vraie révélation. L’idée de rassemblement autour de la danse était quelque chose de magique pour l’ado esseulé que j’étais. L’utopie free party a beaucoup inspiré la musique que je fais aujourd’hui. J’essaie de retranscrire les sensations folles ressenties à ce moment là. »


Homme le plus fort du monde recherche amant disparu


Une vision hédoniste du clubbing partagée par Antony Hegarty, ami de longue date rencontré lors d’un dîner il y a sept ans, qui dit : « Hercules & Love Affair parle du sentiment de se sentir bien, libre et émotionnellement éveillé ». Mais heureusement, Andy et Antony ne font pas qu’une musique de perchés. « La voix d’Antony est l’une de celles au monde qui peuvent transmettre le plus d’émotions, raconte Andrew. Mais j’avais envie de traiter ses cordes vocales comme un son, et non comme une voix transmettant un message. Je voulais la pervertir en l’assemblant avec quelque chose de très différent, de très dancefloor, parce que j’aime autant la house de club que la pop intimiste ». Faut-il voir un lien entre cette déclaration d’Andy et la signification de son drôle de pseudo ? « Hercule a eu de très nombreuses relations homos, explique Andrew. Ce nom est une référence à l’un de ses amants perdu lors d’une aventure. Il l’a cherché partout par la suite. L’homme le plus fort du monde recherchait désespérément son amour disparu, un comble ! » On est donc loin du satyre et du gang bang. Hercules And Love Affair, c’est plutôt une histoire d’amours discoïdes plurielles sur fond de pop sensible. Puissent-ils avoir beaucoup d’enfants aussi inspirés.


Hercules & love Affair (DFA/EMI)

www.myspace.com/herculesandloveaffair



mardi 21 juillet 2009

L.A confidentiel - Papier paru dans leTsugi n°19 (mai 2009)

http://userserve-ak.last.fm/serve/500/2631213/Pocahaunted.jpg

L.A confidentiel
Texte de Violaine Schütz

A l'heure où le label Stones Throw est sur toutes les lèvres, et Jeremy Jay fait danser les jeunes filles en fleur, petite visite de la face musicale obscure de L.A. Aux côtés des surfeurs et des people, la cité des anges abrite aussi les nouveaux dieux du drone psychédélique et du rock diy.

Quand on pense à L.A, on pense filles dénudées, soleil et pop songs qui vont avec. Mais ce sont des songwriters blèmes et tout sauf show-off qui y font les vagues les plus renversantes du moment. Moins médiatisés que MGMT, ce sont pourtant eux les vrais nouveaux hippies, mixant une attitude low-profile à des expérimentations musicales s'abreuvant de tous les genres (on pense au tropicalisme anthropophage des années 70), et un son sous-produit, enregistré sur cassettes, ou répondeurs. La visite d'Ariel Pink au festival Villette Sonique en ce mois de mai est d'ailleurs attendue par certains fidèles comme le messie. Présentation de trois de ces illuminés, avec l'avis d'un fan/et spécialiste de cette nouvelle scène arty de L.A, Detect, membre du Klub des Loosers et DJ qui avec son projet psyché Tiebreak se rapproche de l'esprit borderline de ces cousins californiens.

Ariel Pink
A 31 ans, Ariel Pink demeure une sorte d'artiste maudit. Il a plus de tubes pop-punk bricolés et barrés que n'importe quel groupe californien mais son nom n'évoque rien d'autre qu'une marque de lessive à la plèbe. Voilà plus de 10 ans pourtant qu'il fabrique des chansons lo-fi mirobolantes sur son huit-pistes. Dans son taudis de L.A, il collectionne les charniers de démos (une centaine de cassettes underground qu'il vend à des concerts), et les refus de maisons de disques. Jusqu'à ce jour béni de 2003, où lors d'un concert d' Animal Collective, il donne une K7 de ses démos à ses héros. Le coup de foudre est immédiat si bien que le groupe décide de sortir la compile sous-mixée, sans rien en changer, sur son label Paw Tracks. Le résultat, The Doldrums contient en fait un album enregistré au Canada entre 1999 et 2000 sur cassette Yamaha MT8 et une compile de maquettes faites à L.A de 2001 et 2003. D'où cette impression d'écouteur une musique pure, spontanée, débarrassée de toute fioriture et marqueur temporel. En quelque sorte, la musique d'Ariel Pink replonge l'auditeur à l'état de nature. « C’est un peu le R.Stevie Moore actuel (le roi du rock underdroung fait maison depuis 1973, ndr), raconte Detect. Ariel Pink a du faire 30 albums en 10 ans en créant ses musiques en mixant des cassettes audio entre elles. C’est à la fois génial, inutile, complètement bancal et magique. » Cette production approximative, à la limite de l'audible, son chant déchirant, proche du cri primal, atteint en effet l'échine et provoque des émotions brutes encore rarement ressenties. Un antidote aux prods léchées et hygiénistes de la pop californienne mainstream.
www.myspace.com/arielpink

Geneva Jacuzzi
Petite amie d'Ariel Pink, Geneva Garvin (alias Geneva Jacuzzi) est aussi sa plus sérieuse rivale. A la fois compositrice et artiste visuelle, elle possède le don d'ensorceler immédiatement l'auditeur par sa voix de harpie démoniaque terriblement érotique (la dimension orgiaque de ses cris orgasmiques) et des beats électro-goth-funk-balératiques complètement anachroniques. Ajouter à cela une pointe de mysticisme (dans les paroles) et milles et unes bizarreries sonores et vous obtiendrez des symphonies harmoniquement complexes et ambiguës (à la fois dark et tropicales). Les chansons de Geneva n'en sont pas moins aussi lo-fi que celles de son copain, puisqu'elles sont également enregistrées sur un modeste 8-pistes. Mais pour comprendre le grand pouvoir de séduction de cette gorgonne sculpturale, il faut voir le clip hypnotique de « Love Caboose » où elle apparaît en vestale darkwave sur youtube ou ses photos myspace. Entre collages diy (elle fait aussi les pochettes d'Ariel Pink’s Haunted Graffiti) et imagerie goth (photos d'elle avec du sang sur la bouche ou maquillée comme une chauve souris), Geneva Jacuzzi provoque de nombreux remous dans l'océan souvent peu sensuel des nerds de la blogosphère!
www.myspace.com/zombieshark

Sun Araw
Le moustachu Cameron Stallones alias Sun Araw, c'est Detect qui en parle le mieux! "Il s'agit du guitariste du groupe de Los Angeles Magic Lantern (www.myspace.com/magiclanternmako), qui font un rock noise, progressif. Leur chanson "At the mountains of Madness” était particulièrement brillante. En solo Sun Araw crée une musique "ambiante" qui s’inspire aussi bien du drone metal, que de Popol Vuh (groupe allemand qui a signé les musiques des films Aguirre, la colère de Dieu et Nosferatu, ndr) que de trucs plus psychedeliques. Sa musique pourrait bien coller à un film de Werner Herzog ou de Barbet Schroeder d'ailleurs. Son LP Beach Head est mortel." Sorti en 2008, Beach Head est en effet un des plus beaux disques entendus cette année là. Son écoute plonge l'auditeur dans un état de transe éthérée durant quatre longues plages de drone maya et mystique teintée de baléarisme. Un peu comme si les Beach Boys rencontraient Can et White Noise sur une plage déserte bordée d'une forêt tropicale hantée qu'on ne voudrait jamais quitter.
www.notnotfun.com/sunaraw/main.html

Pocahaunted
Écouter Pocahaunted (sur K7 ou 45t, leur format de prédilection), c'est accepter de lâcher totalement prise sur le réel et se laisser aller à une séance d'hypnose dont on ne revient pas indemne. C'est pourtant deux jeunes filles à frange aux airs faussement sages de hippies glam qui provoquent cet engourdissement de la conscience, ce déroutement presque inquiétant, dans le monde beau et mélancolique du drone psychélique. Il faut alors, dès les premiers accords, se laisser prendre par « Water Born », longue plage envoutante de 21 minutes pendant laquelle les guitares shoegaze et les incantations célestes s'unissent à des expérimentations que ne renieraient pas les SonicYouth du début ou un Merzbow apaisé. C'est splendide, intense, étourdissant, au delà de l'imaginable. Detect est d'ailleurs formel à leur propos : « C'est mon groupe préféré issu de l’excellent label NotNotFun basé L.A. Leurs morceaux complètement hypnotiques de 20 minutes avec des voix noyées dans des reverbs et des guitares saturées forment une musique nocturne hyper intense. » Le dj français a pour habitude de les écouter la nuit, en lisant Antonin Artaud. On finira simplement par vous dire que leur musique peut hanter toute une vie.
www.myspace.com/pocahaunted

remerciements : Vincent M (Detect)